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Un Goliard sur Inter

Retour sur une expérience.

Présent à la première séance de l’Université populaire du 10e, l’un des goliard[s] a été interviewé par Hervé Pauchon (HP) dans le cadre de son émission « Un temps de Pauchon », diffusée le 7 février 2012.

Ce bref passage à la radio nous permet de nous interroger sur notre rapport avec les médias.

Je viens d’écouter. Dites, vous vous la racontez un peu lorsque vous dites que vous employez des mots compliqués.

C’est tout le problème des médias. Nous avons discuté plus d’un quart d’heure avec HP. Manque de chance, il a du faire des coupes au montage. C’est tout le problème qu’évoquait Bourdieu [1]. Les médias favorisent à ce point le temps court qu’il est parfois compliqué de pouvoir développer son raisonnement.

Voilà que vous vous prenez pour Bourdieu maintenant.

Bien justement, en lançant cette pique ironique sur les termes compliqués, je visais justement Miguel Benasayag (qui affirme que son cours est une messe, donc qu’il est parole d’évangile [2]), mais aussi Pierre Bourdieu. A force d’utiliser des mots compliqués, de néologismes tortueux, ils se coupent nous seulement du public, ils affichent une supériorité qui est à l’opposé du projet d’éducation populaire. Mais, pire que tout, ils empêchent les gens d’intervenir dans le débat qui participe à la fabrication du fait scientifique (car la plupart d’entre nous ne maîtrise pas ce langage spécialisé). C’est exactement ce que dit Bruno Latour dans son bouquin Changer la société, refaire la sociologie [3].

Okay. N’empêche, il vous a bien eu le Pauchon lorsqu’il vous dit que ce n’est pas très populaire de faire payer des balades.

Ca, c’était un peu vache. Bon, passons sur le fait qu’une partie non négligeable de nos conférences, balades et projections soit gratuite. Mais cette réflexion mérite vraiment qu’on s’y attarde. Nous vivons aujourd’hui dans un excès de bénévolat. Ls structures – publiques ou privées – jouent en effet de plus en plus la carte de la passion dans gens afin qu’ils assurent gratuitement un travail qui jadis était payé. Par exemple : vous aimez parler d’histoire ; vous avez fait des recherches bien précises sur un sujet, mais votre niveau d’étude (ou le manque de poste si vous avez ledit niveau) ne vous permet de pas dé prétendre au grade de guide-conférencier. Voilà qu’une mairie (ou une entreprise, ou un club de bridge) vous propose de participer à un « événement » autour du « printemps des peintres » ou de « l’automne du patrimoine ». A la clef, vous promet-on, votre égo flatté dans le bon sens (ça, c’est sous-entendu) et une ligne sur votre CV qui pourrait amener peut-être ou pas dans un futur-pas-si-lointain-et-très-proche-mais-si-mais-si à un travail (lequel, mystère), à des missions ou à un partenariat. De son côté, le patron (oui, appelons un chat un chat)…

… fait de sacrées économies.

Exact, en exigeant une qualité de travail quasi professionnelle. Aussi, oui, nos balades sont payantes et, si elles sont gratuites, c’est que la structure organisatrice nous a payé en amont. Evidemment, nous pouvons toujours faire du bénévolat, mais uniquement dans un cadre militant, et pour des structures sans le sou, comme l’amical des cruciverbistes de Sainte-Verge.

Et encore, il paraît que les cruciverbistes ont de l’argent.

Ah, diantre… on a été eu…

1. Notamment à partir de la minute 27.

2. Voir l’émission suivante.

3. « En règle générale, je préfère recourir au répertoire le plus vague, le plus banal, voir le plus vulgaire, de façon à éviter de le confondre avec les langues multiples parlées par les acteurs eux-mêmes. Les sociologues du social, quant à eux, font exactement le contraire : ils s’efforcent d’employer des termes précis, bien choisis, sophistiqués pour désigner ce que les acteurs expriment. […] En affirmant que les acteurs ne font que dissimuler ce que la sociologie leur fait dire, on court le risque de ne plus conserver la variété de ce que disent les acteurs – la sociologie critique, elle, n’hésitent pas à parler à la place de acteurs rendus muets par définition. » Bruno Latour, Changer la société, refaire la sociologie, Paris, 2007, La Découverte, page 45. Les passages en gras sont de notre fait.

A contrario, on appréciera à sa juste valeur l’invitation de l’UPLS à la seconde conférence « gratuite ». C’est ici :

3 réponses à Un Goliard sur Inter