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Radio Goliard[s] – la révolte des Ciompi (1378)

Radio Goliard[s] revient sur une révolte ouvrière médiévale en plein coeur de Florence, une des villes les plus riches du Moyen âge, avec l’aide de Solal Abeles, doctorant à l’université Paris 1 et spécialiste de l’Italie médiévale.

Tiens, il y avait des révoltes ouvrières au Moyen âge ?

Et oui ! Ecoutez l’émission en intégralité. C’est ici

Quelques précisons… nous avons dit lors de l’émission (46’30) que le royaume de France sous Philippe le Bel avait été mis en interdit. Ban sur le bec ! En fait, Boniface VIII a bien écrit une bulle d’excommunication, Super Petri Solio, mais elle ne fut jamais fulminée (oui, c’est le terme consacré).

L’iconographie de l’émission

Voilà tout d’abord la statue dont a parlé Solal Abeles (1’24’10), le seul témoignage (biaisé) monumental de la révolte des Ciompi dans Florence. Il existe aussi une place des Ciompi, mais nous n’avons pas trouvé l’origine de cette appellation.

Statue de Michele di Lando (faite à la fin du XIXe siècle), chef de la révolte de 1378, Loggia del Mercato Nuovo à Florence

Statue de Michele di Lando (faite en 1896), chef de la révolte de 1378, Loggia del Mercato Nuovo à Florence

Voilà aussi une peinture du XIXe siècle, exécuté sans doute au moment de construction de la nation italienne, époque où il a fallu trouver des modèles politiques antérieurs auxquels se référer. Nous ne savons que peut de chose sur le peintre et son oeuvre, mais la composition semble représenter la prise d’un palais (le palais communal ? Celui de l’Art de la Laine ?) par les Ciompi de manière plutôt positive. Le titre, néanmoins, employant le terme de « Tumulte » pour décrire la révolte, nous indique néanmoins une vision plutôt négative de l’ensemble du mouvement. L’homme à la bannière est-il Michele di Lando ? Si c’est le cas, nous serions en face d’une composition favorisant une interprétation libérale du mouvement, mettant l’accent sur les leaders modérés plus que sur l’ensemble des salariés en lutte ? La question reste ouverte (si vous avez de plus amples informations, merci de les partager dans les commentaires).

Il tumulto dei ciompi, peinture de Giuseppe Lorenzo Gatteri (1829-1884), seconde moitié du XIXe siècle.

Il tumulto dei ciompi, peinture de Giuseppe Lorenzo Gatteri (1829-1884), seconde moitié du XIXe siècle.

Les documents

Le texte de la philosophe Simone Weil écrit en 1934 dans le revue La critique sociale, texte certes un peu daté, notamment quant au vocabulaire marqué par la révolution de 1917, mais qui a le mérite de livrer une des premières analyses progressistes de la révolte, en la complétant avec une traduction du texte de Nicolas Machiavel. Le document est téléchargeable ici et a été publié dans le recueil suivant.

Et voilà le texte de la chanson La ballata degli impiccati de Fabrizio De André tirée de l’album Tutti morimmo a stento (en français : « Nous agoniserons tous ») paru en 1968 traduit par Solal Abeles.

Tous nous agonisâmes, ravalant l’ultime cri, donnant des coups de pieds au vent, nous vîmes s’estomper la lumière / Le hurlement emporta le soleil, l’air devint suffocant. Cristal de paroles le dernier blasphème dit / Avant que cela ne soit fini nous rappelâmes à qui vit encore que le prix fut la vie pour le mal fait en une heure / Puis nous glissâmes dans la glace d’une mort sans abandon, récitant l’antique crédo de celui qui meurt sans pardon./ Qui moque notre défaite et la honte extrême et la manière étouffée d’une telle conclusion, qu’il apprenne à connaître le nœud ! / Qui la terre nous versa sur les os et reprit tranquille le chemin, qu’il rejoigne lui aussi bouleversé la fosse dans la brume du premier matin ! / La femme qui cela en un sourire le malaise de nous donner mémoire, qu’elle trouve chaque nuit sur son visage une insulte du temps et une scorie ! / Nous cultivons pour tous une rancune qui a l’odeur du sang coagulé. Ce qu’alors nous appelâmes douleur est seulement un discours suspendu.

La bibliographie

  • MOLLAT Michel, WOLFF Philippe, Ongles bleus, jacques et ciompi – les révolutions populaires en Europe aux XIVe et XVe siècles, Calmann-Lévy, 1970. Une bonne synthèse, écrite au moment où « révolte » n’était pas un gros mot, mais qu’il conviendrait de renouveler… avec, par exemple, le livre suivant.
  • COHN Samuel, Lust for liberty: the politics of social revolt in medieval Europe, 1200 – 1425 ; Italy, France, and Flanders, 2006.
  • SCREPANTI Ernesto, L’angelo della liberazione nel tumulto dei Ciompi : Firenze, giugno-agosto 1378, Siena, Protagon, 2008. Le livre le plus récent sur la question, malheureusement en Italien.
  • STELLA Alessandro, La révolte des Ciompi. Les hommes, les lieux, le travail, Paris, EHESS, 1993. La somme en français… qui commence malheureusement à dater un peu, mais qui reste une mine d’information.
  • Il existe une édition plus récente du texte de Machiavel : Florence insurgée, la révolte de Ciompi paru en 1998 chez l’Esprit frappeur et disponible pour moins de deux euros. La traduction est malheureusement ancienne (XVIIIe siècle). L’avant-propos de Pagolo DELLA BODA livre quelques informations intéressantes, mais pêche par un propos trop militant. A force de voir des capitalistes partout, il oublie que la société médiévale est le théâtre de rapports de domination bien différents des nôtres. Il évacue ainsi complètement l’aspect religieux de l’affaire. Ce genre de discours de discours était excusable du temps de Simone Weil. Aujourd’hui, avec les apports de la recherche historique, il fatigue un peu.

William Blanc

7 réponses à Radio Goliard[s] – la révolte des Ciompi (1378)