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Métronome sur France Culture

Entre deux préparatifs pour le festival « Bobines & Parchemins« , on parle de nouveau de l’affaire Métronome sur France Culture (la Grande table du 17 septembre 2012) qui sert de point de départ à un débat sur la vulgarisation des sciences.

Il faut se féliciter d’une telle émission. Christophe Prochasson, historien spécialiste de l’époque contemporaine, met les pieds dans le plat en comparant l’affaire Métronome à celle des frères Bogdanov 1. De même, nous ne pouvons que le suivre lorsqu’il sonne le tocsin contre les industriels de la transmission.

Ce qui est alarmant c’est l’espèce de relativisme qui semble aujourd’hui gouverner la transmission des connaissances. Relativisme que semblent guider avant tout les qualités médiatiques et pédagogiques de ceux qui interviennent. Si bien que l’exclusion progressive des professionnels et des savants, qui sont en partie responsables de cette auto exclusion, au profit de ceux qu’on pourrait appeler des industriels de la transmission (que je distingue des journalistes), qui parlent de tout avec un certain aplomb, affaiblit l’autorité sociale de ces mêmes savants à la réputation si fragile.

Néanmoins, nous nous permettrons quelques petites remarques quant à son intervention. Plus que de critiques, il s’agit de précisions.
Tout d’abord, Christophe Prochasson explique ainsi que la polémique est partie d’une « réaction des professeurs d’histoire et notamment de l’association qui les rassemble », appellation derrière laquelle il faut comprendre l’APHG (Association des professeurs d’Histoire Géographie). Eh bien non, et c’est sans doute l’un des problèmes majeurs soulevés par le cas Métronome. En effet, les institutions qui auraient dû traditionnellement émettre une critique à l’encontre du travail de M. Deutsch, les laboratoires universitaires, les associations reconnues par la profession, les sociétés savantes et les grands médias de débat (Le Monde, les revues universitaires) ne l’on pas fait. Il est ainsi symptomatique que France Culture ait ouvert ses ondes à cette polémique plus de six mois après les premiers articles parus sur Goliard[s] et Histoire pour tous, près de deux mois après RMC. Pourquoi un tel retard à l’allumage ? Par inconscience du danger que représentait son travail ? Par peur de la réaction médiatique et/ou d’être assimilé à une polémique politique ? La question reste posée, et y répondre expliquerait pourquoi la critique de Métronome a dû partir des marges de l’histoire savante, de doctorants notamment, sur des supports électroniques (le dire, au passage, n’aurait fait de mal à personnes), puis sur le site du CVUH.
M. Prochasson nous explique ensuite qu’il ne faut pas prendre M. Deutsch « au sérieux, c’est-à-dire qu’il ne faut pas entrer dans une controverse savante avec lui. » Nous pensons le contraire. De quel droit faudrait-il ignorer une personne (et ses lecteurs) qui a investi dans le champ historique, d’autant plus si elle connais le succès. M. Deutsch propose une histoire de France. Très bien, prenons-le au mot. Ce n’est qu’à partir du moment que l’on envisage son livre sous un angle sérieux qu’il peut justement être critiqué. Sans compter que les millions de lecteurs de Métronome ont le droit de savoir pourquoi l’ouvrage qu’ils ont acheté n’est, en fait, pas de l’histoire. D’aucun nous dirons que le grand public ne veut pas d’une telle polémique. Nous ne le pensons pas, au vu des réactions passionnées qu’a entraînées le débat au conseil de Paris en juillet. En fait, si nos concitoyens attendent une chose des historiens, ce n’est pas qu’ils se taisent, mais qu’ils s’adressent au plus grand nombre.

William Blanc

12 réponses à Métronome sur France Culture

  • Defghi dit :

    Merci pour ce post, le débat est intéressant. J’ai posé la question sur le forum histoire pour tous dernièrement sur « comment faire de l’histoire ? » car je trouve que l’histoire véhicule une image poussiéreuse (sauf le site des Goliards of course ;-)). Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de réponses pour l’instant. L’histoire doit-elle être l’apanage seulement des savants ? Se réduit-elle à des faits ? Chaque historien donne son interprétation de l’histoire à partir des faits et peut se trouver contredit par de nouvelles découvertes, d’autres interprétations.
    Vulgariser l’histoire est-il une mauvaise chose ? Si oui, alors autant arrêter tout de suite de l’enseigner à l’école. Je comprends les critiques à l’égard de Métronome, notamment sur les questions de méthode, mais je trouve que ce livre a eu un mérite : raviver ou donner le goût de l’histoire. Chacun est libre ensuite de garder son sens critique et d’approfondir des sujets.
    Je suis entièrement d’accord que prendre de haut Lorant Deutsch n’est pas la solution, sinon, on tombe dans une stigmatisation qui s’approche des polémiques actuelles autour de la religion et du droit d’expression. D’ici à considérer l’Histoire comme une religion, il n’y a qu’un pas…

    • goliard dit :

      Bonjour et merci pour ce commentaire.
      La question, à notre avis, n’est pas de vulgariser ou pas, mais bien celle de la qualité de la vulgarisation. Métronome, à notre sens, n’est pas de vulgarisation, car celle-ci implique de mettre à la porté du public les découvertes scientifiques (et les controverses) les plus récentes. Or, ce livre nous replonge dans une historiographie et des images d’Epinal très daté (XIXe siècle), quand il ne s’agit pas d’inventions pures.
      Au contraire, une vulgarisation de qualité va montrer l’histoire dans toute sa complexité, à travers les débats qui traversent la discipline, sans tenter de réduire cela à un récit national simpliste. Là dessus, je ne saurait que trop conseiller le livre de Nicolas Offenstadt, L’histoire Bling-bling, paru chez Stock.
      Bien cordialement.

  • Jean Knut dit :

    Si, comme vous dites, les institutions, les laboratoires universitaires, les associations reconnues par la profession, les sociétés savantes et les grands médias de débat n’ont pas fait de critique à l’encontre du travail de Lorant Deutsch c’est qu’il y a sans doute une bonne raison. Tous ces professeurs et ses intellectuels ne se sont quand même pas tous fait berner par lorant deutsch ! C’est une insulte à leur intelligence. Il ne se sont pas tus par crainte ou mépris… Si aucune critique n’a été faite pendant plus de deux ans (sauf sur votre site… mais allez, combien êtes vous, dix ou quinze ?) c’est qu’il n’y avait pas lieu de critiquer l’ouvrage de M. Deutsch… Je pense que tous ont reconnu excellent travail de vulgarisation, une histoire dépoussiérée, proche de nous, drôle ou triste… Lorant Deutsch à remis de l’humain dans une science qu’il ne faut surtout pas laisser aux mains de quelques personnes trop savantes. L’histoire n’est pas une science de laboratoire, de musée, ce n’est pas une technique… et encore moins un combat tel que vous le menez (une telle hargne est d’ailleurs peu compréhensible !).
    M. Prochasson dit qu’il ne faut pas entrer dans une controverse savante avec Lorant Deutsch et il a tout à fait raison. Lorant n’a pas fait une thèse qu’il va défendre devant un jury (on connait trop bien les rivalités et petites mesquineries entre clans universitaires). Lorant à écrit une version accessible, vivante de l’histoire, ce n’est donc pas votre débat. Je pense que vous vous trompez de cible. Au contraire, vous desservez votre cause et risquez de passer pour d’obscurs rats de bibliothèque, trop obstinés et peu être un peu jaloux de la vision décomplexée et joyeuse de l’histoire que propose M. Deutsch.

    • goliard dit :

      Merci pour ce commentaire.
      Vision décomplexée, joyeuse, il faudra m’expliquer ce que cela veut dire. Nous aussi on a une vision décomplexé et joyeuse de l’histoire et cela ne nous empêche pas de faire de l’histoire de qualité. LD, c’est tout le contraire d’une histoire rajeuni, c’est une histoire ramenée au XIXe siècle, aux images d’Epinal nationalistes.

      Si aucune critique n’a été faite pendant plus de deux ans (sauf sur votre site… mais allez, combien êtes vous, dix ou quinze ?) c’est qu’il n’y avait pas lieu de critiquer l’ouvrage de M. Deutsch… Je pense que tous ont reconnu excellent travail de vulgarisation, une histoire dépoussiérée, proche de nous, drôle ou triste

      Ah bon ? Combien d’historien ont approuvé les travaux de Lorànt Deutsch ? Non, sérieusement, citez-moi un historien qui l’a approuvé, qui a dit que c’était un travail de qualité ?
      Bien cordialement.

  • Alexandre M dit :

    Bonjour,
    je n’ai pas lu l’ouvrage de Deutsh, et je ne lirai surement pas! Mais je suis tout à fait d’accord que c’est malsain de laisser des personnages surmediatique (Bogdanov, Deutsh..) se charger seul de diffuser au public large la connaissance scientifique, alors qu’ils n’ont pas forcement les competences pour cela! ils faudrait que les universitaires et historiens ecrivent plus souvent des ouvrage de vulgarisation, et même pour les plus néophytes! c’est sur la recherche c’est bien, mais pour que le public comprenne les enjeux et les injtérêts de la recherche historique par exemple, Il faut aussi ecrire pour eux et ainsi eviter une fracture de plus en plus large entre les chercheurs et universitaire, avec le reste des gens.
    Bien à vous.

    • goliard dit :

      Cher monsieur,

      Merci pour ce commentaire, avec lequel nous ne pouvons qu’être d’accord. En effet, les universitaires devraient plus s’occuper de vulgarisation, même si certains le font avec parfois beaucoup de talent (je pense par exemple à Bruno Dumézil, dont je recommande chaudement la lecture).
      Bonne soirée.

  • Michel Deniau dit :

    @Defghi
    « Vulgariser l’histoire est-il une mauvaise chose ? Si oui, alors autant arrêter tout de suite de l’enseigner à l’école. Je comprends les critiques à l’égard de Métronome, notamment sur les questions de méthode, mais je trouve que ce livre a eu un mérite : raviver ou donner le goût de l’histoire. Chacun est libre ensuite de garder son sens critique et d’approfondir des sujets. »

    Même en temps qu’historien, pendant un temps j’ai pensé ça aussi que Deutsch est sûrement un piètre historien, mais bon s’il faut en passer pour là pour que la discipline redevienne « in » pourquoi pas. Mais au fur et à mesure de ma réflexion et des discussions sur Goliards ou Histoire pour tous, j’ai commencé à évoluer. En fait il me semble que Deutsch donne le goût pour une histoire « spectacle » ou tout du moins divertissement où l’intérêt n’est pas l’étude de l’histoire, mais les différentes anecdotes qui permettent de mettre en avant un contenu à tendance plus ou moins moralisatrice. En fait si on veut faire une image, je pense, helléniste oblige, que Deutsch c’est un peu un Plutarque du XXIème siècle. Ni plus ni moins.

    • goliard dit :

      C’est un peu vache pour Plutarque ;-)… je veux dire, les Vies m’ont laissé le souvenir d’une très belle écriture.

      • Michel Deniau dit :

        Ah mais bien sûr, je n’ai pas dit le contraire. Je veux juste dire que même si son propos est intéressant et charmeur il ne faut pas oublier les biais et la tendance moralisatrice qui est derrière.

        • goliard dit :

          Entièrement d’accord. On peut faire d’ailleurs un parallèle entre l’histoire Métronome et ce que disait François Hartog dans « Les régimes d’historicité » sur l’histoire moralisante (même si chez L. Deutsch, ce n’est pas très clair. Il a plutôt une vision plutôt cyclique de l’histoire).

  • Michel Deniau dit :

    A 4’45 »
    « Il ne faut pas le prendre au sérieux et entrer dans une controverse savante avec lui »

    En une seule phrase on peut entendre l’arrogance et la vanité universitaire historienne. Et après on me dit que la tour d’ivoire n’existe pas…
    Plus sérieusement même si on n’aime pas LD et qu’on lui vomit à la tronche dès qu’on peut, il demeure que, à mon sens, il faut faire l’effort de lui expliquer et de dialoguer sans condescendance avec lui. Sinon on risque de passer pour des espèces de connards élitistes qui ne dialoguent qu’entre eux.
    Je sens que cette petite émission va être drôle…

  • A. Vialatte dit :

    Tiens, le Métronome est qualifié de partial par le Nouvel Obs… petite victoire.

    « Cependant, moins partial que le « Métronome » du royaliste Lorànt Deutsch, le film développe une conclusion séduisante. La ville s’est construite sur des oppositions. »

    http://teleobs.nouvelobs.com/rubriques/la-selection-teleobs/articles/37486-paris-la-ville-a-remonter-le-temps