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Radio Goliard[s] – Histoire du Mali

 

Vue de Tombouctou par René Caillié (1830)

Vue de Tombouctou par René Caillié (1830)

Radio Goliard[s] vous propose de prendre quelques instants pour faire une pause médiatique, loin du bombardements des images et de l’immédiat, et de faire un retour sur l’histoire du Mali afin de comprendre les complexités du présent qui ont amené à la guerre dans laquelle l’État français s’est lancé. Nous avons pour cela invité deux spécialistes de la question :

Pas facile pour eux de parler au beau milieu d’une actualité bien dense. Et pourtant, ils se sont prêtés à l’exercice et ont su aborder avec beaucoup de clarté les empires peul et toucouleur du XIXe siècle, la colonisation française et la lutte pour l’indépendance afin de mieux comprendre la situation actuelle. Ils nous aussi parlé des la situation des touaregs depuis le début du XXe siècle et des divergences, réelles ou supposées, entre le nord et le sud du pays, en commentant des discours et de la musique. Bref, un programme bien chargé.

Et pour celles et ceux qui ont des tablettes fâchées avec les lecteurs flash, voilà le lien direct vers le MP3 de l’émission.

Dans le premier bonus, nous sommes revenus, autour d’un café, sur la période socialiste du Mali et sur son échec, qui tient notamment de la perception négative de l’État par les populations. Au passage, il sera aussi question de la présence chinoise au Mali, bien plus ancienne qu’on pourrait le croire.

Et voilà le lien direct vers le MP3 du premier bonus.

Dans le second bonus, il fut surtout question du genre au Mali, en remontant jusqu’à la colonisation durant laquelle la femme colonisée subissait une véritable double soumission.

Et voilà le lien direct vers le MP3 du premier bonus.

Quelques extraits de textes lus lors de l’émission

Ces extraits concernent notamment le mythe touareg (la formule n’est pas de nous) et la vision de la femme colonisée par les administrateurs européens.

Des touaregs dans "Le Petit Journal illustré", 21 Août 1910.

Des touaregs dans « Le Petit Journal illustré », 21 Août 1910.

“Les Touareg ont le teint bronzé, mais plus clair que celui des Arabes. […] Ils sont de taille haute et svelte. […] Bien que musulmans, ils ne suivent guère les pratiques fondamentales de la religion du Prophète, ne jeûnent pas, ne font pas les ablutions traditionnelles. Les purs musulmans les accusent d’être de mauvais croyants […] On a dit des Touareg qu’ils seraient les descendants de chevaliers français qui avaient accompagné Saint Louis à la croisade et qui, après la mort du roi, auraient été repoussés dans le désert par les Arabes et se seraient mêlés aux tribus berbères.
De fait, si peu qu’on ait pu jusqu’ici étudier leurs traditions, on y a trouvé des croyances chrétiennes… Les ancêtres de ces mauvais Musulmans ont peut-être été de bons chrétiens. On y a même trouvé la trace de légendes particulières au pays normand et breton. Avouez qu’il serait curieux de se dire que ce Moussa ag Amastane, ce grand chef des Touareg qui est en ce moment notre hôte, est peut-être le descendant de quelque preux chevalier de Bretagne ou de Normandie.
Un argument encore en faveur de l’origine française et chrétienne des Touareg : la croix figure toujours parmi les amulettes de ces hommes du désert. La garde de leurs épées est en forme de croix ; ce sont de véritables épées de chevaliers du XIIIe siècle… Et, détail typique, sur la larme de ces épées qu’ils nomment « Damas » ce trouve toujours figuré un globe, surmonté d’une croix.
Notre dessinateur […] me faisait observer encore que leur coiffure, ce turban élevé et ce « litham » qui ne laisse découverts que les yeux affectait fort exactement la forme du heaume des chevaliers du Moyen Age. […]
Autre trait fondamental des mœurs qui différencie singulièrement les Touareg des Arabes et des autres peuples musulmans : ces fils du désert sont monogames ; ils ont le respect de la femme ; et tandis que chez eux, ce sont les hommes qui se voilent la figure, les femmes, au contraire, vont le visage découvert.” Le Petit Journal illustré, 21 août 1910.

« Mais le grand charme de Tombouctou, c’est la Tombouctienne. Son type ? Indéfinissable. Toutes les races qui ont dominé à Tombouctou, toutes celles qui visitent la ville y ont laissé leur empreinte.Variable de formes, de traits, de galbe, la Tombouctienne se ressemble cependant toujours à elle-même. On la reconnaît sans hésiter. À quoi ? Impossible de le dire. Détails fugitifs, riens qui font un tout, petites et séduisantes preuves d’une coquetterie pleine de goût, démarche cadencée, allures élégantes, joli rire, beaux yeux, gestes gracieux, un air pimpant inimitable, de l’esprit et, enfin, le je ne sais quoi qu’a la Parisienne et qui fait le
désespoir de la provinciale. La Tombouctienne est la Parisienne du Soudan !
Tout en elle est particulièrement chic, jusqu’à sa façon de fumer. Car elle fume. Elle va et vient par les rues, pas voilée, montée sur un âne, suivie de sa servante, à âne aussi ; elle a des bijoux, des rubans, une robe de soie fine aux couleurs chatoyantes. Elle rit, salue, engage des bouts de conversation, reçoit des compliments en femme qui les mérite, mais sait bon gré à qui les lui a adressés.
Elle est bonne fille, bon garçon même, bon camarade, mais elle grignote une fortune avec une insouciance admirable des ruines qu’elle entasse autour d’elle. » NOIR Louis, Les Prisonnières des Touaregs, 1899.

 Un peu de bibliographie, généreusement fournie par nos invités

Celle d’Ophélie :

  • « Le Sahara: 5 000 ans de géopolitique », Les Collections de L’Histoire n°58, février 2013. Une bonne base
  • BOILLEY P., Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes: du Soudan français au Mali contemporain, Paris, Karthala, 1999.
  • G.E.M.D.E.V. et Université du Mali, Mali – France. Regards sur une histoire partagée, Bamako-Paris, Donniya-Karthala, 2005.
  • HOLDER G., « “Maouloud 2006”, de Bamako à Tombouctou. Entre réislamisation de la nation et laïcité de l’État : la construction d’un espace public religieux au Mali », in G. Holder (éd.), L’islam, nouvel espace public en Afrique, Paris, Karthala, 2009. Voir aussi son intervention dans Le Monde du 29 janvier 2013.
  • SIMEANT J. et TRAORE L.,  Mali : le putsch et le Nord vu de Bamako, Octobre 2012, CERI Sciences-po, http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/mali-le-putsh-et-le-nord-vus-de-bamako

Celle d’Alexis :

  • BAZIN J.  “À chacun son Bambara”, dans Amselle, J.-L., Mbokolo, E., Au cœur de l’ethnie, La Découverte, Paris, p. 87-125, 1985. Un gros article pour avoir un aperçu de la « question ethnique » au Mali.
  • Un titre traitant de la politique au Mali : BAGAYOGO S., 1987 : “L’État au Mali, représentation, autonomie et mode de fonctionnement” dans Terray, E. (eds), L’État contemporain en Afrique, L’Harmattan, Paris, p.91-121.
  • BAZIN J. “État guerrier et guerre d’État”, dans Bazin, J., Terray, E. (eds), Guerres de lignages et guerres d’État en Afrique, Éditions des archives contemporaines, Paris, p.319-374, 1982. De quoi explorer les « États guerriers » de la période pré-coloniale, en l’occurrence celui de Ségou.
  • Sur la révolution de 1991 : BERTRAND M., “Un an de transition : de la révolte à la Troisième République”, Politique africaine, N°47, 1992, p. 9-22.
  • Sur la première République et le coup d’État de 1968 : SANANKOUA B., La chute de Modibo Keïta, Éditions Chaka, Paris, 1990.
  • Sur le « consensus » d’Amadou Toumani Touré : BAUDET V., CHAUZAL G., “Les partis politiques et “l’indépendance partisane” d’Amadou Toumani Touré”, Politique Africaine N°104, 2006, p. 61-80.

Bonne écoute, bonne lecture, et merci à Exomène et à radio libertaire.

William Blanc

Carte du Mali contemporain

Carte du Mali contemporain

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