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Radio Goliard[s] : entre les textes et les images. Un voyage dans les manuscrits médiévaux…

Couverture "Quand l'image relit le texte"Sans doute autant que la nôtre, la société médiévale est une société de l’image. Objet favori de l’élite nobiliaire ou ecclésiastique, chaque manuscrit est une oeuvre d’art à part entière, comportant de très riches iconographies, outils à la fois de lecture, d’apprentissage, mais aussi de propagande et de magnificence. Un rapport qui s’est perdu avec l’imprimerie avec la fabrication en série d’une même image, souvent repris et recopié en dehors de son contexte par un imprimeur pour des raisons d’économie.

Longtemps réservée aux seuls historiens de l’art, l’analyse de l’image médiévale est maintenant un terrain d’étude (et de jeux) des historiens, des littéraires, des anthropologues. Mais l’analyse de pareils objets ne peut se faire sans celle, en parallèle, des textes qu’elles sont censées illustrer.

Pour nous accompagner dans ce voyage par chemins et papiers, radio Goliards a reçu avec plaisir Sandrine Hériché-Pradeau (maître de conférences à l’Université de Paris IV) et Maud Pérez-Simon (maître de conférences à l’Université de Paris III), les deux directrices de l’ouvrage collectif : Quand l’image relit le texte. Regards croisés sur les manuscrits médiévaux. Bonne écoute.

Et pour celles et ceux qui ont des tablettes fâchées avec les lecteurs flash, voilà le lien direct vers le MP3 de l’émission.

En guise de bonus, nous nous proposons de mettre sur le site quelques images dont il a été question durant l’émission. Une très belle série, proposée par Pnina Arad dans son article « Le modèle des croisés : trois conquêtes de Jérusalem par le texte et par l’image » montre tout d’abord que les enluminures traitant des croisades représentent des conquérants francs presque pacifiques avant d’entrer dans la ville sainte, alors que le texte dit exactement le contraire (la prise de Jérusalem en 1099 a été particulièrement sanglante). Un lieu commun repris, consciemment ou non, pas divers conquérants de la ville, que ce soit le général Allenby en 1917 ou Moshe Dayan en 1967 qui ont tous adopté des postures de pèlerins plus que de combattant (à pied, et découvert pour certains). Le commentaire pioché dans un livre américain de 1918 à propos de la photographie de l’entrée du général Allenby montre la pertinence de l’analyse de P. Arad :

Lyon, BM, ms. 128, vers 1280. Photo : BM Lyon et Didier Nicole

Lyon, BM, ms. 128, vers 1280. Photo : BM

L'entrée du général Allenby dans Jérusalem, 1917.

L’entrée du général Allenby dans Jérusalem, 1917.

« Jérusalem délivré des Trucs et des Huns [les Allemands]. Reprenant la coutume des croisés qui, il y a plusieurs siècles, avaient conquis la ville sainte sur les infidèles, le Général Allenby […] entre dans Jérusalem à pied après qu’il ait réussi à l’arracher à l’emprise turque. »1 dans  Liberty’s Victorious Conflict, A Photographic History of the World War, Chicago, 1918, page 18. Disponible à cette adresse.

Moshe Dayan entrant dans Jérusalem en 1967. Photo David Rubinger.

Moshe Dayan entrant dans Jérusalem en 1967. Photo David Rubinger.

L’image médiévale peut aussi être didactique. La preuve avec ces quelques exemples tirés de plusieurs manuscrits de chasses ou d’escrimes, comme ce dernier, réalisé dans la sphère germanique au XVe siècle et étudié par Michel Huynh.

Traité de combat tardo-médiéval. Musée de Cluny inv. Cl. 23842. Fin XVe siècle. Cliché Michel Huynh.

Traité de combat tardo-médiéval. Musée de Cluny inv. Cl. 23842. Fin XVe siècle. Cliché Michel Huynh.

Parfois, l’écart entre l’enluminure et le texte peut prendre des formes très subtiles, comme avec cette représentation de Charlemagne tiré des Passages d’Outremer dans laquelle l’empereur est annexé à la monarchie française (le caparaçon du cheval est frappé de fleurs de lys sur fond azur). Est-ce un hasard si le commanditaire du manuscrit, Louis de Laval, était un proche de Louis XI ? L’article que consacre à ce manuscrit Marie Jacob permet de voir plus clair dans cette symbolique insignifiante pour nous, mais qui, à l’époque, faisait sens.

Charlemagne et les envoyés de Constantin V devant Paris. Jean Colombe, "Les passages d'Outremer", 1473-1474, Paris, BNF, fr. 5594. Cliché BNF.

Charlemagne et les envoyés de Constantin V devant Paris. Jean Colombe, « Les passages d’Outremer », 1473-1474, Paris, BNF, fr. 5594. Cliché BNF.

Des livres pour aller plus loin :

  • tout d’abord, le livre collectif dirigé par nos invitées : Quand l’image relit le texte. Regards croisés sur les manuscrits médiévaux, Paris, 2013. Disponible à cette adresse. Saluons au passage l’excellent travail de l’éditeur qui propose une très belle maquette et un cahier iconographique très bien fournis.
  • Jean-Claude Schmit, Le corps des images : essais sur la culture visuelle au Moyen Âge, Paris, 2009. Un recueil d’articles passionnants, superbement illustrés, faciles d’accès, mais malheureusement très cher (plus de 40 euros).
  • Olivier Boulnois, Au-delà de l’image. Une archéologie du visuel au Moyen Âge, Ve-XVIe siècle, Paris, 2008. Texte assez complexe, mais qui explique parfaitement le rapport entre l’Église et les images, et les débats (parfois houleux, et même, dans l’Église orientale, sanglant) qui ont présidé à leur utilisation
  • Jérôme Baschet, L’iconographie médiévale, Paris, 2008. Ouvrage fascinant, mais difficile d’accès. Interdit aux jeunes padawans du manuscrit médiéval.

 

Quelques sites maintenant :

 

Merci à Exomène, qui, comme d’habitude, a enluminé la technique, et à Radio libertaire pour son accueil.

William Blanc

  1. Traduction personnelle.

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