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Radio Goliards : être étrangers dans l’Antiquité, d’Athènes à Rome

 

IMAGE 1 – L’Enlèvement des Sabines, Pierre de Cortone, 1627.

IMAGE 1L’Enlèvement des Sabines, Pierre de Cortone, 1627.

La notion d’étranger renvoie à l’image qu’une société se fait d’elle-même. L’étranger, c’est l’autre et, par opposition, c’est tout ce qui n’est pas soi. Explorer la notion d’étranger à travers les âges revient ainsi comprendre que les sociétés anciennes étaient construites, pour la plupart, sur un autre modèle que la nôtre, sur une structure moins nationale que civique. C’est notamment le cas durant l’Antiquité, dans l’Athènes classique (Ve-IIIe siècles avant notre ère) et dans la Rome impériale (Ier-IIIe siècles de notre ère), deux réalités que nous proposent de découvrir Romain Guicharrousse, spécialiste d’histoire grecque, et Vincent N’Guyen Van, spécialiste lui de la dynastie des Sévères, et tous deux doctorants à l’université Paris 1 en histoire ancienne. Bonne écoute :

Et, pour celles et ceux qui ont des tablettes, voilà le lien pour le fichier MP3.

La comparaison entre Athènes et Rome a été intéressante à plus d’un titre. Notons surtout que la démocratie athénienne se caractérise par une mise à l’écart importante des étrangers, des barbares et des métèques. Cela se traduit notamment dans l’idée que se faisaient les Athéniens de leur propre origine. Deux de leur rois mythiques, Cécrops l’autochtone (le premier souverain légendaire) et Érichthonios (le quatrième roi légendaire) sont tous les deux sortis littéralement de terre (voir IMAGE 3. Étymologiquement, autochtone vient du grec ancien autókhthônos, composé du préfixe ἀυτός / autós, « le même » et du suffixe : χθών / khthốn, « la terre »). Romain Guicharrousse a d’ailleurs rappelé que cette légende apparaît au cours du Ve siècle, au moment même où les lois concernant l’acquisition de la citoyenneté devenaient de plus en plus strictes. Cela n’empêche pas néanmoins, comme nous l’avons expliqué durant l’émission, que les métèques jouent un rôle important — y compris politique — dans la vie de la cité.

A contrario des athéniens, les Romains s’imaginent être le fruits d’apports successifs d’hommes et de femmes venus de l’extérieur de la cité. Aussi le premier roi mythique de Rome Romulus descend-t-il, selon le poète Virgile, d’Enée fuyant la destruction de Troie. Romulus et la plupart des rois de Rome ne sont d’ailleurs pas des autochtones, mais arrivent d’autres cités, comme l’explique l’empereur Claude lui-même sur les Tables Claudiennes (IMAGE 2) gravées au Ier siècle de notre ère :

Dans le principe, des rois gouvernent cette ville [ROME], il ne leur est point arrivé cependant de transmettre le pouvoir à des successeurs de leur famille ; d’autres sont venus de dehors, quelques-uns furent étrangers. C’est ainsi qu’à Romulus succéda Numa venant du pays des Sabins, notre voisin sans doute, mais alors un étranger pour nous. De même à Ancus Marcius succéda Tarquin l’Ancien qui, à cause de la souillure de son sang (il avait pour père Demarathe de Corinthe, et pour mère une Tarquinienne de race noble il est vrai, mais que sa pauvreté avait obligée à subir un tel époux), se voyait repoussé dans sa patrie de la carrière des honneurs ; après avoir émigré à Rome, il en devint roi. Fils de l’esclave Ocrésia, si nous en croyons nos historiens, Servius Tullius prit place sur le trône entre ce prince et son fils ou son petit-fils, car les auteurs varient sur ce point. Si nous suivons les Toscans, il fut le compagnon de Cœlius Vivenna, dont il partagea toujours le sort. Chassé par les vicissitudes de la fortune avec les restes de l’armée de Cœlius, Servius sortit de l’Etrurie et vint occuper le mont Cœlius, auquel il donna ce nom en souvenir de son ancien chef ; lui-même changea son nom, car en étrusque, il s’appelait Mastarna et prit le nom que j’ai déjà prononcé, de Servius Tullius, et il obtint la royauté pour le plus grand bien de la République.

Enfin, les premières femmes romaines sont elles aussi des étrangères, des Sabines, que les premiers Romains, commandés par Romulus, ont enlevées à leur ville natale. L’épisode a inspiré nombre de peintres, de Pierre de Cortone (IMAGE 1) à David, et même, dans les années 60, plusieurs péplums.

BIBLIOGRAPHIE – WEBOGRAPHIE

  • Saber Mansouri, Athènes vue par ses métèques (V-IVe siècle av. J.-C.), Paris, Tallandier, 2011.
  • Il existe peu de texte accessible consacré au statuts des étrangers à Rome. Vous trouverez une excellente synthèse dans François Jacques, John Scheid, Rome et l’intégration de l’Empire (44 av. J.-C. – 260 ap. J.-C.), Tome 1, Paris, PUF, 2010 (1re éd. 1990), p. 209-289.

Et comme toujours, merci à Exomène pour la technique et le montage et à Radio Libertaire pour nous avoir hébergé dans ses studios.

William Blanc

Tables Claudiennes – 1er siècle de notre ère, conservées au musée gallo-romain de Fourvière.

IMAGE 2 : Tables Claudiennes – 1er siècle de notre ère, conservées au musée gallo-romain de Fourvière.

 

IMAGE 3 – Érichthonios découvert par les filles de Cécrops, Rubens, v. 1616.

IMAGE 3 – Érichthonios découvert par les filles de Cécrops, Rubens, v. 1616.

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