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La Révolution version Deutsch, où l’histoire Yop.

Un royaliste prend la Bastille

Lorànt Deutsch : un royaliste très collant à la Bastille

Lorànt Deutsch : un royaliste très collant à la Bastille

Le chapitre que consacre Lorànt Deutsch (LD) dans son Métronome vaut son pesant de yaourt liquide.

Encore ! Mais vous l’avez déjà étrillé ici et ? Pourquoi recommencer ?

Parce qu’un royaliste écrivant l’histoire de la prise de Bastille, c’est aussi flippant que Tino Rossi en train de reprendre du Rammstein.

Oui. Présenté comme ça, je ne peux qu’être tout ouïe.

Prenez un café, ou une bière, parce que cela va être un peu long.

 Ayé, je suis prêt (slurp).

Le chapitre (pages 323 à 337 du Métronome (version non-illustrée, et sans bibliographie, bien sûr) commence par une brève balade autour des vestiges de la Bastille. Jusqu’ici tout va bien, sauf que ces mêmes informations étaient déjà en grande partie disponibles ailleurs 1. C’est lorsque LD commence à parler des événements qui ont amené à la prise de la prison royale que les choses se corsent.

Une vision biaisée du peuple

La Bastille, selon LD, « n’a pas attendu 1789 pour catalyser les haines populaires, les oppositions bourgeoises et les ambitions princières. » (page 324). L’auteur propose ici un découpage social et émotionnel bien particulier.

  • Les princes ont des ambitions (au détriment des rois, qui, bien sûr n’ambitionnent rien, eux).
  • Les bourgeois s’opposent. Ils sont raisonnables.
  • Le peuple, lui, hait, et est réduit à cette fonction.

Dites, vous n’exagérez pas un peu ? Ce n’est qu’une phrase.

Non, je ne pense pas. Regardez bien la suite du chapitre.

  • « Dans les rues où se profilait l’ombre des hauts murs gris de la prison, vivait une foule d’artisans toujours prête à exprimer son mécontentement. » (page 326). Évidemment, il ne viendrait pas à l’idée de LD que le mécontentement peut avoir des raisons précises.
  • « Le quartier [du Faubourg Saint-Antoine] est parcouru […] par des essaims de harangères [sic] redoutés pour leur violence et leur vulgarité. Cette population miséreuse, qui appartient au paysage quotidien du faubourg tout en venant de l’extérieur, se montre toujours prompte à exprimer sa colère. C’est elle qui […] entraîne les artisans sur la route dangereuse de la protestation et de la révolte. » (page 327). Après la haine, c’est la colère qui agite le peuple. Mais pas n’importe lequel. Il s’agit de femmes « violentes » et vulgaires, « venant de l’extérieur » qui trouble la population d’artisans du faubourg2. Et attention, la protestation est forcément une voie dangereuse (et pas une expression politique).

C’était vrai cette histoire « d’haranguère » ?

Oui et non.

Vous êtes chiant à la fin. Expliquez-vous ! Et ça veut dire quoi ce « sic » ?

Il existait bien des harengères (orthographe correcte) dans Paris3. Mais très vite, des écrivains ont exagéré leurs traits, et en ont fait des femmes grossières. Il s’agit d’un point de vu surplombant de membres de l’élite lettrée regardant de haut et avec dénigrement des gens « d’en bas4. » Des stéréotypes qui ont la vie dure5 et que LD claque sans réfléchir en reprenant l’ancienne orthographe de « harAngère » (d’où le sic. Voir cette explication.) et non la graphie actuelle de harEngère – vendeuse de hareng -, preuve qu’il a simplement copié le terme et la description sur un texte ancien (lequel. Impossible de le savoir. Il ne met aucune référence) sans se demander si l’auteur ne faisait pas là qu’exprimer ses préjugés. Mais cela n’importe pas trop à LD. Lui veut raconter son histoire, une histoire bien à lui, où les lieux communs font office de faits. Et cela empire avec sa narration de l’affaire Réveillon.

Diantre ! C’est quoi ce truc ?

Une révolte ouvrière en avril 1789 contre un patron de manufacture qui voulait baisser les salaires de ses employés. Je ne vais pas vous assommer avec une description. Vous la trouverez ici. Intéressons-nous plutôt à la narration deutschienne de l’événement. Cette fois, il ne s’agit plus de dénigrer le peuple, mais de donner une image positive de celui contre qui il exprime sa « colère ». « Jean Baptiste Réveillon […] qui se montre plutôt généreux envers ses trois cent cinquante ouvriers [comment, LD ne le dit pas. En leur distribuant des yaourts sans doute ?] plus utopiste que sage, et plus illuminé qu’éclairé. » (page 328).

Plaques commémoratives de la Folie Titon, 31 bis rue de Montreuil, à Paris, commémorant l'émeute dite de Réveillon.

Plaques commémoratives de la Folie Titon, 31 bis rue de Montreuil, à Paris, commémorant l’émeute dite de Réveillon.

Et oui, le « bon Réveillon » est trop bête. Il est tellement « illuminé » et « utopiste » qu’il veut baisser les salaires de ses ouvriers, alors que les prix du pain s’envolaient (ça, LD n’en parle pas sauf pour dire qu’il s’agissait d’une rumeur populaire « on dit que la disette menace. » page 331). Et eux, comment le remercient-ils ? Je vous l’demande ma bonne dame… et bien ils saccagent la fabrique et surtout ils vident la cave de ce bon Réveillon de toutes « les bonnes bouteilles » (parce que le populo, c’est des pochtrons, c’est bien connu). Ah, les gredins ! LD reprend à son compte (sans le savoir ?) des stéréotypes du XVIIIe siècle (qui ont encore la vie dure) où la peuple ne sait s’exprimer que par la colère (il a peut-être des raisons de l’être) et la violence6.

Le procédé se répète avec la prise de la Bastille, avec cette fois le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, seul, « qui ne perd pas la tête et reste obstiné » (page 332), qui veut que « force reste à la loi » (idem) alors qu’un « groupe d’enragés s’en prend aux chaînes du pont-levis » (idem). Il sera décapité dans un « rituel macabre [qui] marque la haine et les ressentiments, et crée en quelque sorte l’irréparable. » (page 333). LD oublie au passage de dire que si la prise de la Bastille provoque cent morts du côté des insurgés, six défenseurs seront exécutés7.

C’est étrange, mais en lisant ce chapitre, je vois que Lorànt Deutsch ne nomme jamais les ouvriers, les gens du peuple ?

C’est vrai. Les seuls individus décrits font partie des élites, qu’elles soient bourgeoises (Réveillon, qui possédait une folie, soit une grande résidence avec jardin) ou nobiliaires. Le reste de la population est considéré comme une masse informe, sans individualité8. Le peuple est une « multitude » ou une « houle » (page 331), « une vague humaine ». (page 332). A court de synonyme, LD réutilise le terme de « foule nerveuse et menaçante » page 332 qui libère les détenus de la Bastille « dans un délire de joie » (page 333. La connotation est évidemment négative… la foule délire, et ne fait pas ça pour des raisons politiques). Plus haut, les harangères sont comparées à un « essaim », qui les rapproche ni plus ni moins de l’animalité. Louis-Sébastien Mercier emploie le même procédé à l’égard des Auvergnats, qui sont « semblables aux oiseaux [migrateurs]. », de véritables « hordes » présents depuis le temps de Jules César (sous-entendu, qui n’ont pas évolué depuis)9.

Une révolution parisienne et sans histoire

Mais le pire reste à venir. Si on lit bien le chapitre, on s’aperçoit que LD explique la prise de la Bastille par trois causes.

  • L’affaire Réveillon dont, au passage, la répression provoquera la mort de près de 300 personnes10 (Deutsch oublie de le dire, évidemment). La justice sera elle aussi expéditive. Des mesures d’exception permettent à la justice échevinale de Paris de juger et d’exécuter les meneurs en 24 heures11.

  • Des rumeurs « vraies ou fausses courent par les rues. On dit qu’un complot se prépare, un complot contre qui ? Contre quoi ? On dit que des troupes se regroupent autour de Paris pour rétablir l’ordre. On dit que les récoltes ont été mauvaises et que la disette menace. » (page 331).

  • La harangue de Marquis de Sade. Selon LD, l’écrivain, emprisonné suite à des affaires de mœurs sur demande de sa famille, aurait crié le 2 juillet « On égorge, on assassine les prisonniers de la Bastille ! Bonnes gens, venez à notre secours. » (page 330) 12. Si le fait est vérifié, on peut douter de la porté réelle de l’appel du marquis de Sade. Par contre, évoquer ces cris permet de décrédibiliser l’acte politique du peuple parisien, en le montrant inspiré par un auteur sentant le souffre.

Bref, LD nous explique ainsi que le peuple parisien, aveuglé par un auteur à « l’âme agitée » (page 329) a provoqué la Révolution en détruisant pour des raisons somme toute triviales le « bastion de la tyrannie » (l’auteur met lui même cette expression entre parenthèses page 333, comme pour la disqualifier, alors que la prison royale était bien perçue comme une marque de l’absolutisme qui écrasait de sa présence monumentale le faubourg13). Il oublie de dire que, s’il est vrai que sous le règne de Louis XVI, le nombre de prisonniers diminue, la menace de l’embastillement reste réelle. Les douze députés de la noblesse bretonne, venus à Versailles en 1788 pour protester contre la limitation des prérogatives du parlement de Bretagne en feront les frais14

Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789 par un peintre anonyme.

Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789, par un peintre anonyme.

Résumer le 14 juillet ainsi tient de l’imposture qui tend à dire que l’histoire ne se fait qu’à Paris, ne s’explique que par des causes parisiano-parisiennes (sympa pour les autres). Amnésie, incompétence ou mauvaise foi (rayer la mention inutile), il oublie quelques petits détails.

  • Exit la famine qui sévit l’été de 1788, durant laquelle une partie des récoltes est détruite suite à de violents orages. Les prix du blé (aliment de base à l’époque, servant à faire le pain) ne cessent de grimper (il triple dans le Nord de la France), alors que les salaires stagnent. Sans doute les Parisiens les plus âgés se souvenaient-ils de la guerre des farines de 1775 [LIEN] où ils eurent à souffrir, suite à une libéralisation des prix des grains par Turgot, de la disette. Il ne s’agit donc pas de « ont dit »

  • Exit la journée des tuiles de Grenoble en 1788. Et non, la Révolution n’est pas qu’un fait parisien. Au contraire. Pierre Serna montre bien dans un ouvrage récent15, que la Révolution est née dans les marges du royaume (Bretagne, Dauphiné, mais aussi les mondes atlantiques).

  • Exit aussi les 30 000 soldats massés autour de Paris sous les ordres de Louis XVI à partir du 26 juin 1789 (ce ne sont donc pas des rumeurs). La plupart de ces troupes étaient composées de mercenaires étrangers (comme c’était souvent le cas à l’époque). Le 12 juillet, des cavaliers du régiment du Royal Allemand chargent la foule dans les Tuileries (faisant des blessés et peut-être des morts. La chose n’est pas certaine). Il ne s’agissait donc pas de bruit, n’en déplaise à Yop-Yop Deustch. De plus, la monarchie absolutiste avait derrière elle une longue habitude de répression des nombreux mouvements populaires qui ont secoué la France du XVIIIe siècle16. Hé oui ! La violence révolutionnaire est toujours précédée d’une violence monarchique17 (ce qui n’excuse rien, mais explique certaines réactions).

  • Exit la banqueroute de l’État royal qui force Louis XVI à convoquer les États généraux (qui se tiennent au même moment à Versailles) qui ont entraîné la rédaction des cahiers de doléances où ont pu s’exprimer (à travers des filtres, certes) de très nombreuses revendications (notamment la destruction de la Bastille18) Depuis le 17 juin, les députés du Tiers Etat, confronté au refus royal de faire voter par tête, siègent à part et ont pris le nom d’Assemblée nationale. Le 20 juin, ces mêmes députés prononcent le serment du jeu de Paume. Inutile de refaire toute la chronologie ici. Il suffit juste de retenir que la situation politique est explosive

  • Exit enfin des causes plus générales, une société bloquée par les privilégiés de l’Église et de la noblesse (Voir notamment la réaction nobiliaire) et par une pression fiscale qui ne s’exercent que sur le Tiers, et notamment sur la partie la plus pauvre de la population. À ce titre, le 13 juillet, les Parisiens attaqueront 40 des 54 barrières d’octroi (où se prélevait un droit d’entrée sur les marchandises, ce qui avait pour conséquence d’augmenter les prix dans la capitale).

En oubliant ces quelques menus détails (qu’il aurait été facile de placer dans le corps du texte) LD invente l’événement sans cause, donc sans histoire. Il invente en fin de compte l’Histoire sans Histoire.

Ah ouais, en effet. Ca fait pas mal d’oublis. Bon, bah, c’est juste un type pas doué ce LD…

Non. Pour s’en convaincre, il suffit de lire un dernier passage, qui traite de la place de la Bastille et de la colonne de Juillet (encore visible aujourd’hui) durant la Commune.

Lorànt Deutsch ou l’histoire au service d’un royalisme militant.

« À coups de canons tirés du haut de Montmartre, la Commune de 1871 tente de détruire cette colonne qui, pour ces Républicains extrêmes, reste un symbole d’alliance entre un souverain et son peuple. La colonne reste debout et la République aussi. » (page 336).

Le passage est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, cette histoire de canonnade provenant de Montmartre est sujette à caution (pour le dire plus clairement, LD l’invente certainement) vu la portée et la précision de l’artillerie de l’époque (et là encore, impossible de vérifier, LD ne citant pas ses sources). L’épisode ne figure pas dans l’Histoire du vandalisme de Louis Réaud19 (qu’on ne peut vraiment pas soupçonner d’être pro-communard vu la violence de ses propos à leur égard), ni Lucien Le Chevalier dans La Commune, 1871, Paris, 1871, livre pourtant écrit juste après les événements et d’un ton globalement pro-Versaillais. Certes, l’auteur parle bien d’une tentative d’incendie de la colonne (et encore faut-il prendre de la distance par rapport à ce témoignage à chaud, forcément partisan), mais jamais de tirs avec les canons de Montmartre20. En fin de compte, même cette histoire d’incendie peut être sujette à caution, si l’on en croit l’Histoire de la Commune de 1871, de Prosper-Olivier Lissagaray21 (auteur communard, précisons-le). Bref, avec LD, plus le mensonge est gros, plus il passe22 !

Chute de la colonne Vendôme (photographie d'Eugène Disderi), un geste politique de la Commune.

Chute de la colonne Vendôme (photographie d’Eugène Disderi), un geste politique de la Commune.

Vient le temps de l’analyse sémantique. Passons sur l’appellation de Républicains extrême. Est-il extrême de défendre la liberté de la presse (réaffirmé par la Commune), le droit des femmes, la séparation de l’Église et de l’État (que combat LD. Le bougre ne veut-il pas le rétablissement du Concordat ?), l’abolition du serment d’allégeance des fonctionnaires, l’instauration du salaire minimum, etc…  ? Pour LD, certainement. Mais peu lui importe de comprendre ou d’expliquer la Commune (il ne consacre qu’un petit paragraphe à l’événement et à la Semaine sanglante), alors que saint Denis a droit à huit pages, saint Geneviève treize, Pépin le Bref quinze23). Mais jetez surtout un œil aux deux dernières phrases.

Dans la première, la colonne de juillet symbolise. « l’alliance du souverain et de son peuple. » Dans la seconde, heureux de voir que les communards n’ont pas pu la détruire, il conclut en écrivant que « la République reste debout ». On l’aura compris…

Ouais, la République selon Deutsch, c’est l’alliance entre un souverain et son peuple. Dites, il essaie pas de nous refourguer son idéologie royaliste là ?

Si. Rappeler vous cette interview au Figaro le 5 mars 201124 où il affirme qu’il aurait fallu instaurer une « monarchie parlementaire ». Des propos politiques qu’il ne veut pas, a priori, associer à son livre. Par exemple, lorsqu’il passe dans « On est pas couché » le 27 novembre 2010, voilà l’échange qu’il a avec Laurent Ruquier.

  • Ruquier : « Vous êtes plutôt royaliste… »
  • LD (gêné) : « Hum… moui… enfin, je suis plutôt royaliste. Je ne suis pas vraiment là pour parler de ça. Ca fait peur. Royaliste, ça veut dire réac, conservateur, alors que ce n’est pas du tout ce qui me pousse à être royaliste. »

Mais voilà qu’il se lâche un peu plus tard, dans la même émission, lancée par Éric Zemmour (avec qui il partage sans doute quelques valeurs).

  • LD : « C’est Stefan Zweig qui dit que la révolution est magnifique de 89 à 91, or, comme par hasard, elle est sous l’égide d’un roi. Elle se fait en monarchie, mais un peu parlementaire. »
  • Jean-Marie Bigard (riant grassement) : « Et après, ça devient une charcuterie. »

Cette vision très réductrice de la Révolution se retrouve évidemment dans son livre25,  Aussi, dans le Métronome, les révolutionnaires et la Révolution sont constamment associés à une catastrophe et à la destruction de monument 26 religieux et royaux victimes de la « fureur révolutionnaire. » (page 49, page 98).

Diplôme de Vainqueur de la Bastille, 1790, délivré aux assaillants. Aux dernières nouvelles, Lorànt Deutsch n'a pas eu le sien.

Diplôme de Vainqueur de la Bastille, 1790, délivré aux assaillants. Aux dernières nouvelles, Lorànt Deutsch n’a pas eu le sien.

Sauf que les destructions (en fait, pas si nombreuses que cela) de ces monuments ne peuvent être comprises (il ne s’agit pas de juger, mais d’expliquer, nuance LD, nuance) que si on se rappelle qu’ils représentaient, aux yeux des révolutionnaires27, des symboles de l’Ancien régime qu’ils voulaient mettre à bas. D’ailleurs, à cette époque, la notion de patrimoine à protéger n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui (Napoléon fera ainsi détruire le Temple). Enfin, LD oublie un peu vite que certains conventionnels se sont battus pour protéger les monuments, comme le député Dussaulx (membre de la plaine) qui demande à l’Assemblée nationale le 22 août 1792 que les portes Saint-Denis et Saint-Martin ne soient pas détruites. « Je suis instruit par des artistes célèbres que la porte Saint-Denis est menacée. Sans doute, consacrée à Louis XIV, au plus fier des despotes, elle mérite toute la haine des hommes libres ; mais cette porte est un chef d’oeuvre, et à peu de frais, elle peut être convertie en un monument national que les connaisseurs viendront admirer de toute l’Europe. » Enfin, la Convention elle-même décidera le 24 octobre 1793 d’interdire la destruction des objets d’art, même religieux. On est loin, très loin, de la « fureur révolutionnaire » dont parle Deutsch.

Bon, ok, ça va, on a compris. Vous concluez, parce que j’ai faim moi.

Voilà ce que LD écrit page 128 à propos de la chanson du bon roi Dagobert. « La révolution, qui se moquait bien de la vérité historique, à produit cette rengaine pour railler tous les rois et tous les saints. » Il est évident pour l’auteur que la Révolution et la République ont produit un mensonge, et qu’il est temps de rétablir la « Vérité » avec un grand « V » que lui seul peut nous apporter. Il est vrai qu’une certaine historiographie républicaine à produit une légende dorée autour de la révolution. Mais est-ce pour autant qu’il faut revenir à une légende noire doublée de préjugés ? Mieux ne vaut-il pas d’essayer de comprendre les événements et leurs acteurs, plutôt que les juger et d’en faire les instruments d’un discours politique caricatural et élitiste. Bref, il est grand temps de faire de l’Histoire, et d’arrêter de boire du Yop ou de la mauvaise soupe.

Bon, et maintenant quelques lectures ?

Ah oui… et bien… quelques livres.

  • Sur la révolution en général, le livre collectif Pour quoi faire la Révolution, Marseille, Agone, 2012, qui fait le point sur les recherches en cours sur la Révolution française.

  • Sur la prise de la Bastille et surtout sur sa démolition et la construction d’un lieu de mémoire et de mythe, Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L’édification d’un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012

  • Sur la vision du peuple par les élites, le formidable livre de Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (XVIIIe-XXIe siècles), Seyssel, Champs Vallon, 2010. Je retiens entre autres cette très belle phrase : « Le peuple, cette autre du pouvoir, cet ensemble informe et défini d’une manière seulement négative comme tout ce que les élites et le pouvoir ne sont pas. » (page 79). Elle propose cette phrase en miroir à la citation à celle de Bourdieu « La connaissance du monde social et, plus précisément, les catégories qui la rendent possible sont l’enjeu par excellence de la lutte politique. » (dans « Espace social et genèse des « classes » »). Dans cette lutte politique, Lorànt Deutsch a clairement choisi son camp.

  • Sur la Commune, un livre intéressant sur les préjugés des écrivains de l’élite (donc la majorité d’entre, à l’exception de Vallès, Verlaine, Rimbaud et Villiers de L’Isle-Adam. Hugo, de son côté, observera une prudente neutralité, avant de protester contre les répressions dont feront l’objet les Communards), Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, Paris, La Découverte, 2010.

  • Et puis, évidemment, nos articles précédents : Oups, j’ai marché dans Lorànt Deutsch et Lorànt Deutsch Louvre trop.

William Blanc

Quelques précisions sur la version télé de l’épisode

Afin de ne pas alourdir le texte déjà long, nous avons préféré ajouter un point sur la version télé (on n’ose pas parler de documentaire) en forme de note finale. Si LD parle bien de lettre de cachet (ouf !) et de la répression qui a suivi l’affaire Réveillon, le ton général reste le même. Un des assaillants crie « vive la Révolution » (minute 25), comme s’il savait déjà que la Révolution allait arriver. Le meneur est montré comme un sagouin, car il trahit sa parole. De Launay, lui, campe dans le rôle du brave gars trahi par d’affreux émeutiers (parfaitement Marie-Chantal). Mais avouons-le, la narration est plus mesurée. Néanmoins, dans le chapitre suivant, LD réussit le tour de force à ne pas parler de la Commune tout en se livrant à un panégyrique d’Haussmann.

Au passage, pour une critique des deux derniers épisodes du Métronome version télé, voir cet article de nos amis d’Histoire pour tous.

Sur le ton général de nos article (ou l’éloge de l’humour et du langage familier en histoire)

Il nous a été reproché plusieurs fois d’opter pour un style virulent et pamphlétaire. Bon, tout d’abord, nous n’avons fait qu’employer un humour de potache, digne d’humoristes licenciés par France Inter (enfin, le talent en moins de notre côté, hein). Mais pour répondre sur le fond de l’affaire, je préfère botter en touche et vous offrir une petite citation tirée de « Révolution, régénération, civilisation : enjeux culturels des dynamiques politiques. », l’excellent chapitre de Pour quoi faire la révolution, écrit par Jean-Luc Chappey (on ne le dira jamais assez). C’est page 128. attendez, je chausse mes lunettes et je chauffe ma voix, aheum, aheum :

« Les porte parole populaires n’hésitant pas à surenchérir dans la vulgarité pour renforcer leur opposition aux formes de dominations fondées sur la valorisation de la bienséance, la promotion des mauvaises manières peut se lire comme une réponse à cette politesse utilisée pour disqualifier les défenseurs des intérêts du peuple […] Une lutte […] s’incarne encore dans l’opposition mise en scène dans les discours entre les salons et les clubs, voire la rue. Le beau langage et la conversation doivent alors servir de rempart contre l’anarchie. »

Bref, tout ça pour dire que oui, nous revendiquons notre style. L’humour, la « vulgarité » sont autant d’outils pour créer une proximité avec le lecteur peu habitué au langage châtié des colloques universitaires, pour faire rire (car oui, l’humour est une arme. Voyez Rabelais, ou Aristophane – dans la traduction Debidour, qui tente de rétablir tous les jeux de mots – qui truffait ses comédies de blagues scato), et pour montrer une différence avec un LD qui, avec ses lunettes, son bouc, ses livres qu’il porte à bout de bras sur la photo de couverture du Métronome (et dont on ne voit presque jamais le dos, donc impossible d’en connaître les titres. Dommage, on aurait peut-être su où il pêchait ses infos), ses phrases pompeuses pleines d’adjectifs qualificatifs (il a dû se ruiner en dictionnaire des synonymes) et ses métaphores alambiquées (« Je veux voir dans la latinisation des Gaulois une chance saisie par les cheveux » page 32) veut lui se donner des airs d’intellectuel des faubourgs. Des artifices dont nous nous passons aisément, sans jamais renoncer à une histoire de qualité qui fait réfléchir tout en faisant (parfois) sourire.

  1. Voir Sur les traces des enceintes de Paris, de Renaud Gagneux et de Denis Prouvost (photo d’Emmanuel Gaffard) paru chez Parigramme en 2004. Évidemment, LD ne les cite pas.
  2. On peut se demander à quel point l’image médiatique et faussée de la banlieue actuelle ne transpire pas dans les lieux communs de LD. Voir à ce titre Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur : la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, La Découverte, 2011. Claude Dubois, dans son livre La Bastoche, (Paris, Tempus, 2011) explique page 60-61 que le faubourg Saint-Antoine s’était peuplé dès le XVIIe siècle d’Auvergnat, très mal vus par les élites littéraires et politiques (voir plus bas). Sont-ce ces préjugés que LD reprend à son compte sans trop les comprendre ?
  3. Et pas venu de l’extérieur. LD induit ici que la population de Paris était paisible et a été troublé par des éléments externes. On connaît la chanson. Lors des grèves, les journalistes ont tendances aussi à dire que les ouvriers sont troublés par des « éléments extérieurs »
  4. Voir par exemple Jean Loret, en 1655, qui, dans une énumération de dix-huit personnages typiques du Carnaval de Paris, parle de (« La Muze Historique », livre VI, lettre VII, 13 février 1655).
  5. Voici l’exemple que cite les Trésors de la langue française : Femme aux manières et au langage grossiers. Nous en arrivâmes à nous quereller, ainsi que des harangères, nous jetant nos huit jours à la tête comme de vieux torchons sales (Mirbeau, Journal femme, 1900, p. 247).
  6. Voir le formidable ouvrage de Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (XVIIIe-XXIe siècles), Seyssel, Champs Vallon, 2010, notamment les pages 75 à 78. Cet ouvrage pourra être utilement complété par un autre, traitant de la vision des communards par les écrivains : Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, Paris, La Découverte, 2010, même s’il faut ajouter qu’aux préjugés du XVIIIe siècle ce sont ajouter, au moment de la Commune, un racisme très net. Le peuple de Paris y est comparé à des indigènes de l’intérieur.
  7. Ce n’est certes pas glorieux, mais l’exécution ne peut être comprise sans les morts précédents.
  8. La nature du peuple, pages 51 à 56.
  9. Cité par Claude Dubois dans La Bastoche… page 61
  10. Voir à ce sujet l’excellent livre d’Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L’édification d’un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012, page 39 et 40.
  11. Voir Pour quoi faire la Révolution, Marseille, Agone, 2012, page 105. Guillaume Mazeau y explique d’ailleurs que ces mesures seront reprises à l’identique par les lois révolutionnaires du printemps 1793 contre les émigrés pris les armes à la main.
  12. « il s’est mis hier à midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces, et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leur secours. »  rapporte le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille (Deutsch prend quand même quelques liberté avec ses citations). Voir Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Pauvert, 1965, page 398.
  13. Preuve en est que des projets de démolitions existaient déjà avant 1789, puis dans les cahiers de doléances transmis aux États généraux de 1789. Voir Démolir la Bastille… pages 28 à 30
  14. Démolir la Bastille… page 22.
  15. Pour quoi faire la Révolution… notamment le premier chapitre « Toute révolution est une guerre d’indépendance »
  16. Voir à ce titre Jean Nicolas, La Rébellion française, mouvements populaires et conscience sociale (1661-1789), Paris, Seuil, 2002. L’auteur dénombre pour la période (allant du début du règne personnel de Louis XIV au début de la Révolution) 8 528 révoltes ! Ce qui lui permet de parler d’une période « d’intranquilité » à propos du XVIIIe siècle. On est loin des Lumières paisibles.
  17. Voir par exemple Pour quoi faire la Révolution… page 20, note I. mai aussi le chapitre écrit par Guillaume Mazeau, page 107 et 108
  18. Voir Démolir la Bastille… pages 29 et 30.
  19. Louis Réaud, Histoire du vandalisme, Paris, Robert Laffont, 1994 (première édition 1958). Voir notamment les pages 804 à 806, dans le sous-chapitre « Ce qui a failli disparaître. » La Colonne de juillet n’est jamais citée. De plus, concernant l’ensemble de la Commune Louis Réaud ne parle jamais de destruction au canon, mais seulement d’incendie.
  20. Nous citons in extenso le passage, page 77 de l’ouvrage : « La colonne de Juillet a été atteinte par plusieurs obus : le socle est profondément écorné ; – de plus, le terrain sur lequel elle repose a dû être fortement ébranlé par l’incendie allumé sous la voûte du canal qu’elle domine. Le 24 mai, les fédérés avaient amené sous cette voûte de nombreuses barriques remplies de pétrole et quelques-unes chargées de poudre ; les ouvertures furent bouchées et le feu mis à la dernière barrique; mais la fumée produite fut si épaisse que la flamme ne put se produire. Les matières brûlèrent sans flamber et il n’y eut pas d’explosion. Plusieurs fédérés périrent asphyxiés dans cette fournaise. »
  21. M. E. Belgrand, directeur du service de la voirie déposa catégoriquement à cet égard devant la commission d’enquête sur le 18 mars « En résumé, je puis affirmer que, depuis le 18 mars jusqu’à la rentrée des troupes à Paris, il n’a été fait aucune entreprise sur les égouts, qu’on n’y a pas établi de fourneaux de mines, qu’aucune matière incendiaire ou explosible n’y a été introduite qu’on n’y a établi aucun fil destiné à mettre le feu à des mines ou à des matières incendiaires. » (page 489 de l’Histoire de la Commune de 1871).
  22. Il est vrai par contre que les communards ont détruit la colonne Vendôme, non pas par violence aveugle, mais des raisons politiques. En témoigne ce texte : « La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de la force brute et de la fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : La colonne de la place Vendôme sera démolie. » Placard de la Commune de Paris
  23. Avec si peu de place, impossible d’expliquer la complexité de l’événement. Tout au plus l’acteur évoque-t-il une « fureur populaire » venue d’on ne sait où, et des soldats rompant les rangs parce que « fatigués, démoralisés, déboussolés » (page 353).
  24. « pour moi, l’histoire de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines et depuis on les cherche. On s’est consolés avec la révolution industrielle, on a vécu de paradis artificiels et aujourd’hui on nous les enlève, car c’est la crise économique. Il aurait fallu instaurer, comme en Angleterre, une monarchie parlementaire. C’est comme avec la religion, on essaie de faire triompher la laïcité, je ne sais pas ce que cela veut dire. Sans religion et sans foi, on se prive de quelque chose dont on va avoir besoin dans les années à venir. Il faut réintroduire la religion en France, il faut un concordat. »
  25. Deutsch reprend à son compte les analyses de François Furet qui voyais dans la révolution de l’après 90 un grand dérapage annonciateurs des dérives totalitaire du communisme au XXe siècle, une analyse aujourd’hui dominante. Mona Ozouf, de son côté, distingue « bonne » et « mauvaise » révolution (allant respectivement de 1789 à 1792, puis de 1793 à 1794). Voir Pour quoi faire la révolution, page 115, au début du fascinant chapitre écrit par Jean-Luc Chappey appelé « Révolution, régénération, civilisation : enjeux culturels des dynamiques politiques. » Lisez-le, et vous aurez en cadeau bonus des frites et des moules.
  26. Au XIXe siècle, les écrivains bourgeois développait la même idée d’un peuple haineux des « belles choses. » Voilà ce que dit Baudelaire à un sergent de ville en train de « crosser un républicain » : « L’homme que tu crosses est un ennemi des roses et des parfums (…) ; c’est un ennemi de Watteau, un ennemi de Raphaël, un ennemi acharné du luxe et des belles-lettres. » Voir Les écrivains contre la Commune… page 25.
  27. Il est d’ailleurs intéressant de voir que LD regroupe tous les révolutionnaires en un seul bloc (comme le peuple du faubourg Saint-Antoine). N’oublions pas qu’on trouvait dans leurs rangs des gens très différents. Certains, comme Lafayette, se sont battus pour une monarchie parlementaire et censitaire ; d’autres, comme Robespierre, pour une République (et nous ne citions que les plus connus)

40 réponses à La Révolution version Deutsch, où l’histoire Yop.

  • goliard dit :

    Suite aux précédentes interventions de Lorànt Deutsch sur notre site, nous vous mettons en lien son dernier mail, très révélateur de son état d’esprit… dans ce mail, Lorànt Deutsch essaie de brouiller les pistes. Ce ne serait pas lui qui écrit…, ce qui l’autorise à se lâcher…

    Réponse Deutsch

    Et notre réponse :

    Oulà, déstresse Lorànt. Tiens, un peu de lecture. Ca te fera du bien en prenant ton petit déj’ : http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/
    Très rapidement, je remarque que, dès qu’on t’oppose une critique un peu sérieuse, tu ne réponds que par l’insulte. Déjà que tu m’avais comparé à un bourreau dans ton précédent mail, là, tu passes à la vitesse supérieure (tu craques déjà ?). « Fumier, » « Communiste » (je suppose que dans ta bouche c’est une insulte) « charbonnier. » Manque de chance je ne suis ni l’un, ni l’autre. « Secte » : désolé, Goliard[s], c’est seulement une association loi 1901 d’éducation populaire… je ne vois pas en quoi c’est une secte. Si tu penses que nous ne critiquons que les réactionnaires comme toi, tu as tort. Vois cette chronique, où nous étrillons une université populaire de gauche : http://www.goliards.fr/2012/02/un-goliard-sur-inter/
    Sur les allusions à la guillotine, il y en a une (nous acceptons tous les commentaires, c’est un principe, à moins de propos racistes et/ou antisémites, homophobes ou sexistes), que nous avons vertement critiqué… je suis contre la peine de mort, je n’applaudis pas à la Terreur ni au discours de Barrère (toi, par contre, la Terreur blanche, tu en penses quoi ?). J’essaie, face à ce fait historique avéré (35 000 exécutions, 200 000 morts, je ne le conteste pas), j’essaie d’agir en historiens. J’essaie de comprendre ce qui a pu aboutir à cela (ce qui ne veut pas dire excuser). Bref, je fais mon boulot. Je ne remplace pas, comme toi, une légende rose par une légende noire.
    Bref, respire un grand coup et accepte le débat. Amène tes arguments… ah oui, j’oubliai. Tu n’en as pas.

    William

    PS : le fait que tu signes Pierre Gaxotte est très révélateur. Et après, tu te dis royaliste « de gauche ».

    Alors. Deutsch or not Deutsch ? En comparant le vocabulaire de ses interventions, nous retrouvons souvent le terme d’historien « matérialiste » pour nous décrire. Le 18 avril sur France Inter, pour la première fois, alors qu’auparavant il se disait soutenu par la plupart des historiens (« Les historiens [sans en citer aucun] ont bien accueilli mon travail. Ils ont affiché un regard bienveillant. » Interview de LD dans Détours en France, HS 19, avril 2012, page 10), voilà qu’il avoue être victimes de ceux qui « instrumentalisent » l’histoire, des « matérialistes », des « jacobins », des « septembriseurs » (allusion aux massacres de septembre, dont nous n’avons, au passage, jamais fait l’apologie. Dans la tête de LD, ceux qui le critiquent sont donc des assassins… bravo pour ce raccourcis !). C’est ce terme de « matérialiste » qui nous a fait tiquer. En effet, Deutsch l’emploie plusieurs fois dans ses commentaires à propos de notre précédent article. Or, ce terme, personne chez les historiens (ou ailleurs), ne l’emploie. Seul LD (et ce commentateur pseudo-mystérieux) l’utilise. Ce fait, ajouté à celui que, pour la première fois depuis deux ans, Lorànt Deutsch soit sur la défensive, nous amène à penser qu’il s’agit bien de la même personne qui, à court d’arguments, laisse éclater sa haine et tente de se cacher derrière une imposture.

    Revenons à cette interview durant laquelle LD se livre à une grande déclaration qu’il nous faut relever : ‎ »L’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique, c’est un peu un combat entre les matérialistes et ceux qui croient à quelque chose d’un petit peu plus idéologique. Les matérialistes me détruisent dès qu’ils le peuvent. »
    C’est très clair… Lorànt Deutsch oppose sa méthode « idéologique » à l’établissement de faits, à une méthode scientifique. Il peut donc dire n’importe quoi, tant que cela va correspondre à son « idée » de l’Histoire. Dans la même émission, il soutient ainsi mordicus que le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle était le plus grand d’Europe au Moyen âge alors qu’il admet lui-même que les historiens qui ont travaillé dessus n’ont trouvé que très peu de passage. Que lui importe. Pour lui, l’idée que le pèlerinage de Saint-Jacques (on pourrait même dire son fantasme) était suivi par les foules compte plus… il oublie juste de dire qu’il existait de très nombreux pèlerinages locaux et régionaux (sans doute bien plus pratiqués) et que les plus grands pèlerinages étaient ceux de Rome et surtout, de Jérusalem.
    Pour que vous ne manquiez rien de cette interview, voici le passage le plus instructif (avec l’éclat de colère de LD à la fin) :

    Mais venons-en à la personne Deutsch. S’il n’est pas le seul qui doit être mis en cause (nous pensons par exemple aux éditeurs, aux journalistes – qui n’ont fait preuve d’aucun sens critique -, aux responsables des chaînes de service public – qui ont failli à leur mission -, aux historiens par trop silencieux, et aux politiques, souvent passifs, voir soutenant carrément Deutsch), il est important, à notre sens, de dévoiler son idéologie. Non, ce n’est pas un brave petit gars du ruisseau, pas plus qu’il n’est un gentil royaliste de gauche (si tant est que cela existe).
    – preuve en est à son allusion à Pierre Gaxotte, historien maurrassien, farouchement anti-révolutionnaire et anti-républicain. Si Gaxotte ne collabora pas sous Vichy, ses choix politiques d’après-guerre ne laissent pas de place au doute quant à ses opinions.
    – preuve en est sur les liens présents sur sa page Facebook : nous avions déjà interpellé LD à ce sujet après son premier commentaire : (voir : http://www.goliards.fr/goliardises-2/lorant-deutsch-louvre-trop/#comment-66), qui évidemment n’avait pas répondu. Rappelons les faits. Sur ta page Facebook de l’acteur (gérée par un certain Christopher Lings qui prétend ne pas le connaître. Et quand bien même cela serait le cas, pourquoi LD ne fait-il pas fermer cette page ?) (http://www.facebook.com/LorantDeutsch ), il y a des liens constants vers un site qui s’appelle « le Bréviaire des patriotes »… Voilà comment ils se présentent (http://www.lebreviairedespatriotes.fr/a-propos/) :
    « Le Bréviaire des Patriotes est un site web d’information et de réflexion patriotiques, voué à informer et à rassembler les patriotes de tous bords. À travers l’étude de l’actualité, décryptée par l’Histoire, nous luttons pour un éveil des consciences et de la nation, dans l’espoir de renouveler un jour avec notre souveraineté et, à terme, notre grandeur passée.
    Notre ligne patriotique s’attachera à dénoncer au mieux les dérives actuelles du mondialisme et du sans-frontiérisme, et à promouvoir les éternelles valeurs conservatrices, protectionnistes, bonapartistes et gaullistes de la France. Nous proposons des articles de fond et d’actualité, des tribunes libres, des entretiens, des critiques culturelles, et une revue de presse efficace afin de demeurer le plus riche et varié possible.
    »
    Fidèle à sa ligne, le site propose des articles approuvant certaines propositions du FN
    , comme :
    une interview plus que complaisante de Julien Rochedy, porte parole du FNJ : http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2012/04/17/julien-rochedy-un-elan-immense-sest-lance-dans-le-pays-et-cet-elan-est-patriote/
    – le rétablissement du service militaire obligatoire (http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2012/04/05/service-militaire-obligatoire-un-retour-qui-simpose/).
    – Le site est aussi partisan du rattachement de la Wallonie à la France (interdit de rire) : http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2012/03/11/rattachement-wallonie-france-comment-corriger-un-accident-de-lhistoire/ article subtilement signé par un auteur (ou un groupe) appelé « Nostalgie impériale ».
    Le site ne cesse d’ailleurs de poster des articles dithyrambiques sur le Métronome (http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2012/04/08/quand-lorant-deutsch-nous-conte-lhistoire-de-paris-sur-petit-ecran/).
    Bref, Deutsch n’est un militant, un militant qui veut la fin de la République (« [Le XIXe siècle] c’est aussi la disparition de la monarchie… » explique l’interviewer de Détour en France « … Jusqu’à la prochaine ! Je ne suis pas républicain…  » répond Deutsch. Interview de LD dans Détours en France, HS 19, avril 2012, page 11) et de la laïcité (il veut le rétablissement du Concordat) au point de falsifier l’histoire. Cela pose les questions des limites de cette discipline. Si nous laissons passer cela, n’importe qui pourra écrire n’importe quoi, mêmes les mensonges les plus nauséabonds.
    William Blanc

    • Cnaudin dit :

      Je crois que tout est dit ! Comment je vais bien pouvoir faire mon article de synthèse pour histoire-pour-tous.fr moi ? ^^

      Pour ajouter de l’eau au moulin, plusieurs choses (que tu évoques déjà) me gênent fortement dans cette « affaire » :

      – l’attitude des medias : le matraquage médiatique subi depuis quelques semaines a montré des medias étonnamment complaisants, sans aucun esprit critique ou, quand ils en avaient un début (comme aux « Affranchis ») le rangeaient rapidement aux vestiaires. Il fallait voir Deutsch accueilli au Grand Journal, et ailleurs, pouvant sortir des énormités (« Clovis athée », sur France Inter) sans aucune contradiction ! Pourquoi ? Difficile à dire. Deutsch a l’air sympa comme ça, l’image Yop et « Le Ciel, les oiseaux et ta mère » lui colle encore à la peau, et il sait manier un peu l’humour pour désamorcer quand ça peut éventuellement chauffer. Et puis dans la tête d’un « journaliste » lambda, un comédien jeune (plus tant que ça quand même, et j’ai le même âge…), qui fait un bouquin sans prétention et plutôt ludique sur Paris, ne peut pas avoir de mauvaises intentions. Ensuite, on laisse faire le panurgisme journalistique…Pour ma part, j’ai tenté de joindre par mes maigres moyens quelques medias (dont Télérama), mais évidemment aucune réponse…

      – l’attitude des politiques : un peu dans le même panurgisme, suivant les medias puisque ces derniers n’ont pas levé le lièvre, les politiques sont carrément pathétiques. Car beaucoup de ceux qui soutiennent Deutsch sont…socialistes ! Robert Hue (ex communiste !) avait fait du « Métronome » son coup de coeur à l’émission Bibliothèque Médicis de décembre 2009. Delanoë lui a remis une médaille au nom de la ville ! Hildalgo (qu’on dit possible future candidate à la succession de Delanoë) a fait la pub du doc sur son twitter, etc. Des socialistes soutenant quelqu’un qui fait une histoire de ce type, n’y a-t-il pas un problème ? Ont-ils fait preuve d’un minimum d’esprit critique, ou se sont-ils contentés de suivre le succès populaire sans se poser des questions ? Si c’est ça, ça n’est guère rassurant…

      – l’attitude des historiens universitaires : enfin, alors qu’on est nous-même souvent mis dans le même sac d’une élite universitaire fantasmée quand on a le malheur de critiquer Deutsch et d’avoir mentionné qu’on a fait des études d’histoire,…que dire effectivement de l’attitude, disons passive, des universitaires ? Alors qu’ils sont très prompts à réagir aux travaux douteux de l’un d’entre eux (la fameuse affaire Gouguenheim, entre autres), ou, pour certains d’entre eux, à étudier « les usages publics de l’histoire », il semblerait qu’en ce qui concerne la vulgarisation et l’histoire faite par des « non-historiens » ou des « non-politiques » (en tout cas officiellement, car LD fait de la politique), il n’y est plus personne. C’est souvent pour de bonnes raisons, comme la crainte d’un effet contre-productif avec l’accusation d’une défense de chapelle, de corporatisme. Mais est-ce suffisant ? N’y a-t-il pas un moment où cela devient grave, le phénomène LD touchant quand même au bas mot un million de gens ? Est-ce que la dénonciation de ce genre de choses doit être laissée à quelques sites internets certes actifs et motivés, mais aux moyens plus que limités, notamment en termes de diffusion ?

      Il y aurait encore beaucoup à dire…Pour ma part, j’ai fait connaissance avec Deutsch et le Métronome petit à petit et, comme la plupart des gens, j’avais un a priori plus que positif. Je saluais par exemple l’intérêt qu’il avait fait (re)naître pour l’histoire de Paris, et la ville elle-même.
      Puis j’ai écouté, je me suis renseigné, j’ai tilté à quelques interviews de Deutsch, j’ai parcouru son livre, puis je l’ai lu, puis j’ai regardé le doc, etc. Toute personne ayant la même démarche et faisant fonctionner un minimum son esprit critique devrait se rendre compte de la réalité, le bouquet final étant évidemment ces mails de Deutsch. Difficile de dire que ce n’est pas lui à présent, surtout quand on les compare à son intervention à France Inter. D’ailleurs, qu’en pense Philippe Val ?

      • goliard dit :

        Hé, mais, tu spoiles là ;-)… j’allais écrire un papier qui reprenait un peu tout ce que tu dis…
        Nan, sans rire, pas grand chose à ajouter… j’ai envoyé il y a deux semaines un tweet à Hidalgo pour qu’elle cesse de faire de la pub à LD, sans succès. Rien non plus du côté des médias (Libé a rejeté un papier), sauf CQFD. Idem du côté des universitaires. Mais je me rassure en me disant que la bataille ne fait que commencer… donc, continuons à alerter, à essayer de sensibiliser… et on verra. Perso, je me donne jusqu’à fin 2012 pour dresser un bilan complet de l’affaire Deutsch…

        • Cnaudin dit :

          Le problème est qu’il a semble-t-il d’autres projets. Peut-être que ce que nous faisons actuellement pourra ressortir à ce moment…
          Mais pour la diffusion, je n’ai pas encore utilisé toutes mes cartouches…

      • Blanche dit :

        Je précise pour commencer que je n’ai aucun diplôme d’Histoire, aucune connaissance très approfondie en la matière, ma spécialité à moi, c’est la restauration de mobilier. Mais j’ai une passion toute simple pour l’Histoire, de France notamment, et c’est avec mes petites bases que je me faisais un plaisir de regarder ce soir le Métronome à la télé (rediffusion je pense). Alors pourquoi suis-je ce soir en train de chercher sur le net les critiques faites sur ce programme? pourquoi cet arrière goût en éteignant ma télé d’avoir assisté à quelquechose de trop simple (simpliste) pour être honnète? Cela a commencé avec les gros Vikings au regard très très méchant, puis un étonnement sur le raccourci Loewer et Louvre (mais je me suis dit que j’avais appris quelquechose) et enfin l’assurance que Jeanne d’Arc avait fait ceci à tel endroit, jeune fille aux petites voix divines qui m’a toujours rendue très perplexe. Là je me suis « ma cocotte, c’est pas ici que tu vas avoir les dernières trouvailles des historiens, on dirait le catéchisme ». Je tombe donc ce soir sur votre site. Je ne rentre pas dans les querelles politiques mais je suis contente d’avoir découvert grâce à vous la Fabrique de l’Histoire (oui je sais, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire) que je vais m’empresser d’écouter en podcast à l’atelier. Je ne fais certes pas avancer le schmilblick mais je suis contente de voir que mon impression n’était peut-être pas totalement infondée. L’effort de vulgarisation de l’Histoire est louable mais moi je n’aime pas qu’on me prémâche la réflexion. Je veux qu’on m’explique pourquoi Alesia ici et peut-être pas là, que tel roi n’est pas si stupide qu’on l’a dit, que telle vérité est une légende, ou l’inverse, bref qu’il n’y a pas les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Je veux des spécialistes même si je ne retiens pas tout.

        • goliard dit :

          Merci de partager cet expérience. Oui, la Fabrique est une excellente émission, sans doute la meilleure du genre, qui fait la part belle aux tendances les plus novatrices de l’histoire. Donc, écoutez-là sans modération. Nous essayons d’ailleurs, avec Radio Goliard[s], de suivre (modestement) son modèle (la bière et les chips en plus).
          Bien goliardement.

  • Alexis dit :

    Pour revenir sur la question des médias et des problèmes de communication des universitaires, je voudrais revenir sur deux points :
    – d’une part, les journalistes, dans leur grande majorité et pour des raisons diverses, préfèrent interroger un LD qu’un universitaire.
    – d’autre part, les universitaires ne cultivent pas suffisamment de « réseaux » dans les médias.

    Sur le premier point, il y a plusieurs choses. Dans un cas comme celui de LD, la présence de services de presse bien huilé va permettre l’envoie du livre aux médias, le suivi cette envoie, et inciter à faire inviter l’auteur sur les plateaux. Ensuite, les journalistes eux-mêmes préfèrent un LD qu’un universitaire. Le personnage est médiatique et connu (donc il sera repris dans les autres médias). On sait qu’il s’exprime avec facilité (c’est ce que l’on appel un bon client). Enfin, son interview est à la fois facile et rapide à préparer. Alors, la plupart des journalistes, poussée par leurs rédactions vont aller vers la facilité et interroger LD, sans faire d’autre travail et notamment sans chercher les failles et les contradiction ou sans le mettre face à un autre interlocuteur.
    Et cela est vrai dans de très nombreux cas qui ne touche pas nécessairement à l’histoire. Il suffit de voir qui les grands médias sont allés chercher pour commenter les “printemps arabes ».
    À cela, il y a des exception, notamment France Info ou C dans l’Air qui font l’effort d’essayer d’avoir un panel d’intervenant plus large.

    D’un autre côté, il faut aussi que les universitaires fassent le pas d’aller vers les médias lorsqu’ils le peuvent. Cela ne touchent pas que les historiens, mais dans le cas du Métronome, c’est eux qui doivent aller de l’avant. Les interventions de Nicolas Offenstadt, notamment, sont indispensables. Il me semble qu’il faut que d’autres universitaires se frottent aux milieux journalistiques pour devenir des interlocuteurs potentiels.

    Et dans ce cas, il sera plus facile de critiquer ouvertement des ouvrages comme celui de LD, truffés d’erreur, de fautes, d’à priori et de parti pris et qui, à mon sens, desservent la nécessaire vulgarisation de l’Histoire.

    • goliard dit :

      Tu as raison sur la forme… sur le fond, tu es plutôt indulgent avec les universitaires… outre le manque de culture médias, je pense qu’ils ont oublié, pour la plupart (N. Offenstadt fait partie des exceptions. Guillaume Mazeau aussi) ce qu’ils sont… des membres d’un service public, dont le rôle est d’offrir au public (à tous les publics) une histoire de qualité. Je conçois qu’ils aient d’autres chats à fouetter, qu’ils aient des recherches à mener (moi itou au passage, ma thèse n’avance pas tant que cela). Mais 1,5 millions d’exemplaire pour le Métronome version papier (et encore, les ventes vont grimper), 1 millions de téléspectateurs dimanche dernier, on atteint des records… ce type est en train de devenir une autorité. Alors foutre Dieu, ils va quand même falloir qu’ils sortent de leur trou, qu’ils arrêtent d’avoir peur et se souvenir quand même qu’ils sont les héritiers de Marc Bloch.

      • Damned dit :

        Le problème aussi c’est que la relation médias/universitaires se complique fortement dès que ces derniers ne sont pas des comédiens et ont des idées désagréables pour l’ordre établi à faire passer. Je pense ici aux travaux de Noam Chomsky ou aux tentatives avortées de Pierre Bourdieu relatées dans les excellents reportages de Pierre Carles. Ces intellectuels sont, encore aujourd’hui, plus médiatisés morts que vivant. A qui la faute ?

    • Cnaudin dit :

      Offenstadt fait des choses très bien sur le sarkozysme hstorique (entre autres), mais la vulgarisation, et notamment le phénomène Métronome, ne l’intéressent pas.

  • Alexis dit :

    Tu as totalement raison.
    Pour cela, il faut un patient travail d’approche des médias. Leur montrer qu’universitaire est quelqu’un qui est clair, qui sait s’exprimer et qui ne prend pas les autres de haut (à commencer par les journalistes dont l’ego peut être, disons, important). Je n’ai pas de solution miracle, mais je pense qu’il ne serait pas inutile que les universitaire (historien, géographe, sociologue, notamment) tentent de se rapprocher des écoles de journalisme afin de montrer le potentiel de leurs interventions et entrent dans les petits carnets des (futurs) journalistes.
    Il faut aussi éviter de montrer du dédain envers les (présents et futurs) journalistes. Les réflexions entendues en L3 au moment des orientations du style : “ah, vraiment, vous voulez entrer dans une école de journalisme ?… (genre, c’est le mal), je ne pense pas que cela soit constructif.

    • goliard dit :

      Je plussoie… même s’il est quand même important de préciser que les écoles de journalisme aujourd’hui, bah, c’est de la m………….

  • Alexis dit :

    Certes… Mais si on peut les faire évoluer… ce ne sera pas perdu pour tout le monde

  • Oss girl dit :

    Bon, je vais quand même répondre à plusieurs points. Le problème d’un certain nombre d’universitaires, que je partage dans une certaine mesure, c’est que Deutsch n’est pas le noeud du problème, ce n’est qu’un symptôme. Ce n’est pas non plus le premier royaliste à utiliser les médias pour sa chapelle, il n’y a qu’à penser à Marcel Jullian, le fondateur d’Antenne 2. De la même manière, les royalistes avaient colonisé la mairie de Paris, du temps de Chirac, par l’intermédiaire de Jacques Charles-Gaffiot. Il en reste le témoignage de multiples plaques commémoratives dans les rues de Paris qui n’ont pas manqué de célébrer tous les événements contre-révolutionnaires. C’est peut-être ce qu’il faudrait rappeler au PS qui est visiblement en train de prendre le même chemin sans s’en rendre compte.

    Mais je disais que Deutsch n’est qu’un symptôme parce que les propos totalement incohérents qu’il tient prouvent assez qu’il n’a pas le recul intellectuel nécessaire pour savoir ce qu’il dit. Sa naïveté est instrumentalisée. D’une part, elle l’est par un certain nombre d’historiens comme Tulard ou autres conservateurs, qui font la même chose avec Casali au demeurant, et qui appartiennent à la petite ligue non-officielle des habitués de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Elle est instrumentalisée, d’autre part, par les producteurs et les diffuseurs. Le livre de Marc Endeweld, « France Télévisions, off the record », montre bien à quel point les liens sont ténus entre producteurs et politiques, entre producteurs et programmateurs. Il suffit pour le comprendre de penser à Boréales, une minuscule société de production propulsée par l’Odyssée de l’espèce, mais surtout par la relation entre son fondateur, Frédéric Fougea, et Patricia Boutinard-Rouelle qui a programmé les docs de France Télés pendant de nombreuses années. Depuis, cette même société s’est mise au service du régime de Sarkozy en produisant des odes à Carla Bruni et des programmes dans la lignée de la Maison de l’Histoire de France.

    Je pense qu’il pourrait être intéressant d’étudier ce genre de relations ambiguës dans le cas d’Indigènes, la boîte de prod de Métronome. Cela pourrait peut-être éclairer des choses.

    • goliard dit :

      Y’a pu ka… ;-)… je sens que mon été va être chargé 😉

    • Napoléon Turenne dit :

      En effet, le livre « présenté » par Marcel Jullian, « Le Secret des rois de France » est très partisan et véhicule de nombreuses légendes qui n’ont plus lieu d’être prises pour des faits historiques avérés.

    • Cnaudin dit :

      Tout ça est très intéressant en effet…

  • Ping : Splendeurs et Misères de l’Histoire de France | Wataya's Wonders

  • Ketboga dit :

    Le concept de décapititation sans haine appliqué au cou de Launay est charmant.
    par ailleurs pourquoi vous étonner qu’un orléaniste apprécie modérément la populace. Henri V était bien plus avisé.

  • Desman dit :

    Rebonjour
    Je ne sais pas si vous êtes au courant mais une partie de vos propos et de votre analyse sont repris sur Rue89. http://minilien.fr/a0n7av

    Je voulais aussi, et une fois de plus, me faire l’avocat du diable. Le sous-titre du DVD est ‘Mystères, Légendes et Histoire de France au fil du métro parisien‘. Mystères et légendes d’abord donc. L’histoire après…

  • Ping : La tour d’ivoire des historiens « unetudianthistorien

  • Napoléon Turenne dit :

    Au fait, je suis passé hier devant la Tour Saint-Jacques et j’ai ri en voyant la plaque évoquant les « millions de pèlerins »… Faudrait-il refaire les plaques commémoratives à Paris ?

  • sel dit :

    bravo, je me suis bien marré (et instruit itout)!

  • JC dit :

    Tiens, puisqu’on parle de septembriseurs et de Lorant Deutsch, voici une autre « erreur » de sa part dans son bouquin : http://lesseptembriseurs.blogspot.fr/2009/09/zemmour-et-les-deux-poils-dhenri-iv.html

    • goliard dit :

      Merci pour ce commentaires. Nous avions vu (et lu) cet article intéressant. Nous soupçonnions en effet un autre « mensonges » deutschien au sujet de Robespierre et des poils de barbe d’Henri IV. Si vous avez d’autres informations à ce sujet, n’hésitez pas à les partager.
      Bien goliardement.

  • David Hermann dit :

    Bisounourland.
    Il semble effectivement urgent d’instruire un procès en sorcellerie à l’encontre de Monsieur Deutsch. A bas la racaille royaliste qui défourraille à la Kalashnikov aux sombres heures de sortie de boite de danseurs noctambules…

    • goliard dit :

      Non, non, pas de procè en sorcellerie… nous demandons juste un débat public et que des points de vue contradictoires puissent s’exprimer.

  • Capello dit :

    Cela doit être une question de génération, mais en ce qui me concerne, un article, aussi pertinent soit-il, aussi référencé soit-il, perd méchamment en crédibilité lorsqu’il est truffé de fautes d’orthographe !

    Un petit exemple ? « Exit la banqueroute de l’État royal qui force Louis XVI a convoqué les États généraux »… Franchement, quelqu’un qui écrit « a convoqué » au lieu de « à convoquer » se tire illico une balle dans le pied !!!

    • goliard dit :

      Merci pour ce commentaire. Bon, okay, on a pas de correcteur, on écrit les papiers dans l’urgence. mais oui, vous avez raison, il faut faire plus attention. D’ailleurs, si vous repérez d’autres coquilles, on est preneurs.
      Bien à vous

  • Yop-la dit :

    Je ne sais pas si vous aviez eu l’occasion (j’imagine que si…) de lire les entretiens de Mr Deutsch avec des sympathisants royalistes de la « nouvelle action royaliste » (je crois que c’est ce que NAR veut dire).

    A toutes fins utiles:
    http://www.innovation-democratique.org/Avec-Lorant-Deutsch.html

    Bon courage pour la suite…

  • Frack richard dit :

    Après avoir lu L.D, on ne peut affirmer qu’une chose: ce personnage c’est simplement amusé à faire des copier coller de livres paru au XIX siècle qu’il a simplement resservit à la sauce contemporaine. Il n’y a aucune recherche historique, aucune vérification, aucun recoupement. Vous le prenez en défaut sur la révolution française mais l’ensemble de son métronome est truffés d’erreurs historiques. Ce personnage va jusqu’à commettre des erreurs de 20 années, ce qui n’est pas rien.
    Cet individu reste un rigolo qui se prends simplement pour un historien de renom. Et comme en France on encense le ridicule, la bêtise et le mensonge , ce personnage a aisément trouvé sa place et est allez se faire décoré par la mairie de Paris.
    Il est une chose que L.D semble ignorer, c’est que l’histoire de France c’est faite avec le peuple, et c’est encore le peuple qui nous a laisser l’immense héritage dont nous sommes les tributaires.
    L’histoire de France c’est l’histoire d’un peuple, c’est l’histoire du brave Cholat à la prise de la Bastille autant que celle de De Launay, de Jacques de Flesselles, de Petitot, et de tous ceux qui était présent à la journée du 14 juillet. Malheureusement L.D semble ignorer la plupart de ces gens.

  • Milo dit :

    En tout cas, ce vilain métronome aura fait beaucoup de bien à votre site puisque beaucoup de gens semblent être arrivés ici via une recherche google (ou autre) sur ce thème 😉 (et j’en fais partie).
    J’ai personnellement tilté plusieurs fois au cours de l’épisode n°1 (vidéo) au point de devoir faire pause un peu avant la moitié afin de vérifier certaines « sonorités étranges à l’oreille ».

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire vos trois articles consacrés à ce thème et bien que je ne sois pas toujours d’accord avec l’entière « ligne éditoriale » de vos critiques, j’admire le sérieux et l’application mis dans votre argumentaire – dont découlent des commentaires riches en enseignements (et comme c’est trop rarement le cas sur internet, bien écrits et mesurés).

    Ayant lu deux des trois articles (et leurs commentaires) hier, je n’ai plus en tête les nombreux commentaires sur lesquels j’aurais voulu (avec plus de temps) réagir mais deux points cependant :
    1 – Concernant l’attitude des médias, je rajouterai qu’une grande majorité des chroniqueurs n’ont souvent pas lu/écouté/vu le livre/cd/film de l’invité qu’ils reçoivent. Au mieux ils l’ont feuilleté ou survolé alors leur demander des critiques fondées et appuyées… malheureusement, c’est utopique (mais ces présentateurs vous assureront qu’ils font bien leur boulot, si si). Par ailleurs, il faut séparer les interviews de promotion (où les questions sont souvent fixés à l’avance, etc…) où le ton se veut toujours léger et cajoleur des émissions de « présentation d’oeuvre » (qui n’existent quasiment pas excepté ONPC dans ses bons soirs) où là il se peut qu’il y ait un intervenant critique en face de l’invité. Je veux dire par là que quand Giles Boulot reçoit au 20h de TF1 un artiste, il ne juge pas de ses attributions de se montrer critique car sa formation de journaliste et la politique de son employeur dissocie implacablement promotion et critique (et que les propriétaires de chaines et de maisons d’édition sont parfois les mêmes ou alors sont amis/amants/proches…). Donc il n’y a aucune attente à avoir de ce côté là. Les média mainstream ont pour unique vocation d’éviter de se faire tout ennemi et un virage de ce côté n’est pas pour demain.
    2 – Faire un ouvrage qui couvre 2000 ans d’histoire est louable si son auteur estime que cette période couvre l’ensemble du sujet qu’il veut traiter…mais pour avoir dans mon entourage nombre de personnes qui connaissent très mal l’histoire de France (mais qui ne rechignent pas néanmoins à lire de temps à autre un livre de vulgarisation ; donc visé par le métronome) je peux vous assurer que c’est un choix qui ne leur rend pas service. En effet, sur le moment (durant la lecture) ils vont trouver cela très chouette, les anecdotes sont sympathiques, les noms des personnages défilent bien et semblent rester en tête mais au finale deux mois après, il ne reste rien ou presque.
    Contrairement à ce qu’affirme LD, l’histoire n’est pas qu’une somme « d’histoires mises bout à bout ». Il n’est de meilleur moyen d’apprendre, de retenir et surtout de COMPRENDRE que de disposer sinon de toutes les données afférentes au cas traité au moins d’un rapide résumé du contexte (sociale/politique, alliances du moment, enjeux, pressions/soutiens/rivalités/etc dans l’entourage du personnage étudié, etc, etc.) Ainsi comment, par exemple, reprocher à un lecteur peu avisé de ne rien avoir retenu de la chute des Valois (pourtant période si passionnante !) si on lui narre simplement au détours de quelques lignes que Charles IX est connu pour la Saint-Barthélémy, qu’Henri III avait peut-être des relations « mariage pour tous » avec ses mignons que Margot était une nympho, le tout sans lui dire un mot sur Catherine de Médicis, la situation tendue avec l’Angleterre et l’Espagne/Saint-Empire , la montée du protestantisme, la guerre de religions qui en découle, les caisses vides de l’état, le duel Guise/Bourbons, la chute trop rapide d’Henri II etc…
    C’est en comprenant les implications, en identifiant les évènements clefs, en cernant les mécanismes qui ont soulevé les changements, qu’on arrive à se situer dans l’histoire et à comprendre l’évolution des siècles.
    Traiter Paris uniquement sur une période donnée aurait été évidemment moins vendeur et moins attractif, je comprends donc le choix de LD mais si ma seconde critique est donc plus générale que spécifique, il n’en demeura pas moins qu’un « long survol » de Paris vendu à 1,5 millions de français reste un sacré tout de passe passe 😉

    • goliard dit :

      Merci pour cette réaction… vous avez raison d’employer le mot comme « comprendre » et « tour de passe-passe » pour opposer les deux manières de faire de l’Histoire. Le vrai débat, à mon avis, se situe entre roman national (ou identitiare) de M. Deutsch et consorts, et histoire scientifique, ouverte. Pour élargir le débat, je me permets de vous renvoyer à cette émission de radio que nous venons de mettre en ligne :
      Cordialement.
      WB

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